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Full text of "GirofleGirofla operabouffe en trois actes paroles de MM. Albert Vanloo et Eugene Leterrier"

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GIIIOFLÉ-GIROFLA 


OPÉRA-BOUFFE EN TROIS ACTES 

Représenté pour la première fois, à Bruxelles, sur le théâtre 
des Fantaisies parisiennes (Direction Humbert) 

Le 21 mars 1874 

A Paris, au théâtre de la Renaissance ( Direction Uottein) 



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Dans quelques villes de province et de l’étranger il a été im- 
primé sans autorisation, soit dans un journal-programme , soit 
dans un recueil de chansons , un ou plusieurs morceaux de diffé- 
rentes pièces notamment de La Fille de Madame Angot et de 
La Jolie Parfumeuse. 

Nous poursuivrons rigoureusement toute contrefaçon de ce 
genre. 

L'Éditeur . 

f : -Paris, 15 novembre 187t. 


PARIS. — *21 PRIMER I E DE E. MARTINE]', RUE MIGNON, 2 


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NOUVELLE EDITION 


! 


GIR0FLÉ-G1R0FLA 

OPÉRA-BOUFFE EH TROIS ACTES 

PAROLES DE MM. 

ALBERT VANLOO ET EUGÈNE LETERRIER 

MUSIQUE DE 

CHARLES LECOCQ 


PARIS 

TRESSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

10 ET 11 , GALERIE CE CHARTRES, I-ALAIS-ROYAL 

BRANDUS et Cio, ÉDITEURS DE MUSIQUE 

103, RLE CE RICHELIEU, 103 

1 8 7 A 

Ton? ilroit» rAserrA» 




by Google 






A Bruxelles. A Paris. 


DON BOLÉRO D’ALCARAZAS. MM. 

JOLLY. 

MM. 

JOLLY. 

MARASQUIN 

Mario Widmer. 


Félix Puget. 

MOURZOUK 

Paul Ginet. 


Vauthieh. 

G1R0FLÉ 1 

G1ROFLA 1 M ” C ‘ 

Pauline Luigini. 

M m0 * Jeanne Granier< 

AURORE 

Delorme. 


Alphonsine. 

PÉDRO 

Jeanne Dalby. 


Laurent. 

PAQUITA 

Marie Blanche. 


A TA Collas. 

Le chef des tirâtes MM. 

Leroy. 

MM. 

Gobereau. 

Le parrain 

Durieu. 


Cosmes. 

Un danseur 

Castelain. 


Paul Albert. 

Le notaire 

Achille. 


Fournier. 

Le percepteur 

Ernotte. 


Leclerc 

L’oncle 

Decoster. 


Montfort. 

Le garçon d’honneur 

C0CLF.RS. 


Tamarëlle. 

Gusman M raC9 

Deschaips. 

M®'* 

Panseron. 

Fernand 

Laurent. 


Bied. 

Almanzor 

Anna. 


Albouy 

La marraine 

Leroy. 


Nina. 


Petits cousins des mariées. — Hommes et Dames du palais. — Demoiselles 
d’honneur. — Pirates, Maures de la suite de Mourzouk. 


EN ESPAGNE VERS 1250 

Costumes dessinés par M. GRÉVIN 

S’adresser à mm. nRAXDI'i et C' c , éditeurs de la partition de 
Giroflé-Girofla, pour la mise en scène détaillée rédigée par 
M. Callais, régisseur général au théâtre de la Renaissance. 

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GIROFLE-GIROFLA 


ACTE PREMIER 


Le théâtre représente les jardins du palais de Boléro. — Au fond, 
un mur presque à fleur de terre et laissant apercevoir la mer. 
— A droite et à gauche, escaliers de marbre conduisant à des 
terrasses praticables. — Au premier plan, de chaque côté, pa- 
villons d’architecture mauresque. — Les autres plans sont libres 
et les jardins sont censés se continuer dans la coulisse. 


SCÈNE PREMIÈRE 

Hommes et Femmes du palais; puis PÉDRO, PAQUITA 
et des Demoiselles d’honneur. 


INTRODUCTION 

CHŒUR. 

Que chacun sc compose 
Un visage joyeux : 

Il faut voir tout en rose 
En ce jour bienheureux ! 

(Entrent I’édro et l’aquita.) 

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2 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


PÉPR0 RT PAQUITA. 

A sa future femme, 

Chaque futur mari, 

En gage de sa flamme, 

Vient d’envoyer ceci. 

(De chaque escalier descendent des demoiselles d’honneur portant 
deux corbeilles, l’une rose et l’autre bleue.) 

TOUS. 

Des corbeilles de mariage ! 

Ces deux messiéurs ont de l’usage. 
pàouita. 

Ils ont raison, car en ménage, 

Entre l’époux et sa moitié, 

Les p’tits cadeaux entrctienn’nt l’amitié. 

REPRISE. 

Que chacun se compose, etc. 


PÉDHO. 

Et, maintenant, bonne nouvelle; 
Pour récompenser notre zèle, 
Jusqu’à la fête.dc tantôt, 

On nous accorde à tous campo. 

TOUS. 

Bravo! bravo! 

pédro, aux femmes. 

Ainsi donc, prenez vos ébats ; 

Le jeu convient à l’innocence. 

Mais, de ces lieux ne vous écartez pasi 

TOUTES. 

Pourquoi, pourquoi cette défense? 


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ACTE PREMIER. 


PÉDRO. 

Des pirates nombreux 
Infestent ces rivages, 

Et s’attaquent, les gueux ! 
Aux enfants de vos âges. 


TOUTES. 

Des pirates! Oh! là! là! 

Des pirates, qu’est-c’ que c’est qu’ça? 

PAQU1TA. 

Ce que c’est? Il n’en faut pas rire; 
Écoutez, je vais vous le dire : 


BALLADE 

I 

Lorsque la journée est finie, 

Et que vient le repos du soir, 

Auprès de la côte endormie, 

Lorsque l’on ose aller s’asseoir, 
Soudain, près des rivages sombres, 
Du milieu des flots en courroux, 

On voit surgir de grandes ombres... 

Garde à vous! 

Ce sont des diables à l’œil roux, 

Mal faits, barbus et sans cravates ; 
Ils sont plus laids que des hiboux. 
Garde à vous ! 

Ce sont les pirates ! 


û 


CI110FLÉ-GIR0FLA 


TOUS. 

Ce sont les pirates! 


II 


PAQUITA. 

Or, savez-vous, mesdemoiselles, 

Comment vivent tous ces brigands? 

En enlevant des jouvencelles 
Qu’ils vendent à des mécréants. 

Donc, pour peu que vous soyez belles, 

Que vous ayez de grands yeux doux, 

O mes gentilles tourterelles, 

Garde à vous! 

Craignez ces diables à l’oeil roux, etc. 

pédro, regardant au fond h gauche. 

Mais, taisons-nous; faisons silence, 

Car voici monsieur qui s’avance. 

TOUS. 

Faisons silence, 

Car voici monsieur qui s’avance. 

(Entre Boléro tenant dans ses bras deux pots de fleurs, l’un rose et 
l'autre bleu.) 


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ACTE PREMIER. 


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SCÈNE II 

Les Mêmes, BOLÉRO. 

Boléro, les examinant avec satisfaction. 

Fort bien! Fort bien! 

De la tenue et du maintien, 

Vous êtes tous comme il convient : 
Fort bien! Fort bien! 

(s’avançant sur le devant de la scène.) 


COUPLETS 


I 

Pour un tendre père, 
Ayant un enfant, 

Pouvoir s’en défaire, 
C’est un doux moment! 
L’enfant est eu âge : 
Seize ou dix-sept ans, 
Vite un mariage 
Se bâcle en deux temps! 
Alors on respire, 

Plus un seul point noir! 
Et l’on peut se dire : 

J’ai fait mon devoir. 


Je vous présente un père, 
Un père (bis),' 


i. 


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GIR0FU5-GIR0FLA. 


Je vous présente un père, 

Un père (bis) 

Je vous présente un père, 

Radieux et prospère, 

Un père bien heureux 
D’en avoir casé deux ! 

II 

Dans une famille, 

Je le dis tout bas, 

Une jeune fille, 

C’est un embarras. 

Quand on n’en a qu’une, 

Certes, c’est affreux; 

Mais, quelle infortune 
Quand on a deux! 

Et puis, quelles transes! . 

Deux dots à trouver , 

Sur deux innocences, 

Sans cesse veiller. 

Je vous présente un père, etc. 

(Am chœur.) 

Et, maintenant, allez, partez, 

Pour la noce vous reviendrez! 

TOUS. 

Que chacun se compose, etc. 

(Tout le monde sort, U l’exception de Pédro et de Paquita, qui restent 
au fond et semblent se consulter. Boléro reste sur le devant de la 
scène, pointant une longue liste qu’il tient a la main.) 


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ACTE PREMIER. 


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SCÈNE III 

BOLÉRO, PAQUITA, PEDRO. 


BOLÉRO, sa liste U la main. 

Voyons si je n’ai rien oublié... Que d'affaires, mon 
Dieu! que d’affaires! 

PAQUITA, bas a Pedro. 

Allons! monsieur Pédro, du courage! 

PÉDRO. 

Je n’ose pas... 

PAQUITA, l’entraînant. 

Allez donc! 

boléro, se retournant. 

Hein?... Ah! c’cst toi, Paquita ? Qu’est-ce que lu veux? 
PAQUITA, vivement. 

Moi? rien, mon parrain... C’est M. Pédro qui... 
boléro, a Pédro. 

• Ah! c’est vous, jeune homme? 

pédro. 

Mais non, monsieur Boléro, ce n’est pas moi, c’est au 
contraire M ,le Paquita. 

PAQUITA. 

Pas du tout!... c’est lui!... (îtas a Pédro.) Parlez donc! 
PÉDRO, de même. 

Non, parlez, vous! 


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8 


GIUOFLÉ-GIROFLA. 


BOLÉRO, qui attend. 

Eh bien? 

PAQUITA, impatientée. 

C’est trop fort!... (a Boléro.) Eh bien, mon parrain, je 
venais vous redemander ma main pour M. Pédro. 
(a Pédro en boudant.) Oh! ces hommes! ça n’ose jamais ! 

BOLÉRO. 

Ta main ! 

PAQUITA. 

Quand nous avons parlé de cela, il y a deux mois, 
vous nous avez répondu qu’il fallait attendre que 
ftl. Pédro, qui était employé dans les cuisines, eût de 
l’avancement. 

rÉDRO. 

Et que j’aurais de l’avancement quand je saurais faire 
une crème. 

PAQUITA. 

Eh bien! Il sait... 

pédro, lui présentant un plat. 

Et voici ma crème... 

PAQUITA. 

Goûtez-la, mon parrain, et vous verrez que notre ma- 
riage est à point! 

boléro. 

Votre mariage!... Comment! vous venez me parler de 
mariage dans un pareil moment!... Quand j’ai déjà 
celui de mes deux filles sur les bras!... 

PÉDRO. 

C’est justement pour ça... 


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• ACTE PREMIER. 


9 




! 


PAQUITA. 

Certainement... De voir les autres, ça nous donne 
envie... (Le câlinant.) Mon petit parrain!... 

pédro, de même. 

Monsieur Boléro... 

boléro. 

D’abord, vous savez bien que ça ne me regarde pas... 
Adressez-vous à ma femme. 

• 

PAQUITA, s’éloignant avec crainte. 

A M n,e Aurore? Oh! je n’oserai jamais!... 

pédro, de même. 

Ni moi. Elle est si méchante! 

PAQUITA. 

Elle a un si mauvais caractère! 

boléro, s’oubliant. 

A qui le dites-vous?... (se reprenant.) Eh bien! qu’cst-ce 
que c’est?... Voulez-vous bien ne pas dire du mal de 
votre maîtresse!... 

paquita, revenant h lui. 

Mon petit parrain, vous lui parlerez pour nous, n’est-ce 
pas? 

pédro, même jeu. 

Promettez-nous-le. . . 

BOLÉRO. 

Eh bien! oui... Plus tard... Quand Pédro saura faire 
uile tarte aux prunes. 

PÉDRO. 

Aux prunes! 

BOLÉRO. 

Oui, aux prunes. (On entend Aurore appeler Boléro dans la 
coulisse.) Ah! c’est elle! 


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G IROFLÉ-G 1 ROFLA . 


PAQUITA. 

Mon Dieu! Sauvons-nous!... (Elle se sauve par la gauclie 
avec Pédro.) 

BOLÉRO, les regardant partir. 

Voilà l’effet qu'elle produit à tout le monde, ma 
femme... (Reprenant sa liste.) Pourvu que je n’aie rien ou- 
blié, mon Dieu!... 


SCÈNE IY 

BOLÉRO, AURORE. 

aurore, entrant vivement par la droite. 
Boléro! Boléro!... 


BOLÉRO, très-soumis. 

Me voici, Aurore. 

AURORE. 

Vous ne pouvez pas répondre plus tôt, quand je vous 
appelle ! 


Mais... 


BOLÉRO. 


AURORE. 

C’est bien!... Avez-vous fait tout ce que je vous ai dit? 


Oui, Aurore. 
Le chapelain? 
Prévenu. 


BOLÉRO. 

AURORE. 

BOLÉRO. 


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ACTE PREMIER. 


11 



AURORE. 

Le dîner? 

BOLÉRO. 

Commandé. 

AURORE. 

Les musiciens? 

BOLÉRO. 

Sur le feu. 

AURORE. 

Vous dites? 

BOLÉRO. 


Non, le dîner... Les musiciens commandés. 


AURORE. 

Vous n’avez rien oublié... Ça m’étonne... Ah! si je ne 
m’occupais pas des moindres choses... Tenez, vous êtes 
bien heureux d’avoir une femme comme moi... 

BOLÉRO. 

C’est ce que je me dis à chaque heure du jour... 


AURORE. 

Vous ne vous le direz jamais assez... car, enfin, vous* 
don Boléro d’Alcarazas, duc de Malaga, comte de San- 
doval y Gonzales y Nigo, grand d’Espagne de dernière 
classe, gouverneur de cette province pour le compte de 
Sa Majesté, que seriez-vous sans moi, je vous le de- 
mande? Pas d’énergie. 


C’ést vrai... 
Capacité nulle. 
C’est vrai;;. 


BOLÉRO. 

AURORE. 

BOLÉRO; 


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12 


G1R0FLÉ-GIR0FLÀ. 


AURORE. 

Intelligence excessivement bornée... 

BOLÉRO. 

C’est vrai... 

AURORE. 

Et cependant vous êtes arrivé ù un certain prestige... 
Le roi daigne vous accorder quelque confiance, vos voi- 
sins vous craignent et vos administrés vous respectent... 
Cela, parce que, devant le monde, j’ai le bon esprit de 
m’ctlacer et de ne laisser voir à personne l’influence qui 
vous fait agir et les fils que je liens dans la main. 

BOLÉRO. 

Ma chère amie, crois bien que je reconnais... 

AURORE. 

Oui, maintenant, parce qu’il faut bien vous rendre à 
l’évidence... Mais il n’en a pas toujours été ainsi... Par 
exemple, il y a seize ans, lorsque, faisant consciencieu- 
sement honneur à mes devoirs d’épouse, je vous ai 
rendu deux fois père le même jour... 

BOLÉRO. 

Oui, de deux adorables jumelles, Girofle et Girofla. 


AURORE. 

Eh bien! ce jour-là, m’avez-vous su le moindre gré 
de celte attention toute spéciale?... Non, vous trouviez 
que j’allais trop vite !... 

BOLÉRO. 

Dame! deux filles... 

AURORE. 

Toujours des reproches ! 


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ACTE PREMIER 


COUPLETS 

AURORE. 

Pauvres victimes que nous sommes ! 

On a beau faire tant et tant, 

Les hommes, voyez-vous, les hommes, 
Ça n’est jamais content ! 

I 

Vous pouviez, quand vous prîtes femme, 
Tomber sur un tempérament 
Toujours tout prêt à rendre l’ime, 
Maigre, chétif et mal portant. 

BOLÉRO. 

Évidemment. 

AURORE. 

Avec une épouse ainsi faite, 

L’époux se réduit à néant : 

C’est une chose claire et nette, 

Vous n’auriez jamais eu d’enfant. 

BOLÉRO. 

Évidemment. 

AURORE. 

Eh bien ! soyez franc, 

N’ayant pas d’enfant, 

Vous n’auriez pas été content. 

BOLÉRO. 

Evidemment, évidemment ! 

aurore, parlé. 

est-ce que je disais !... (Reprenant.) 

Pauvres victimes que nous sommes, etc. 

2 


U 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


II 

AURORE. 

Au lieu de ça, voyez la chance, 

Vous n’eûtes pas, en ne m’épousant, 

À regretter d’insuffisance : 

Tout est solide et résistant. 

BOLÉRO. 

Évidemment. 

AURORE. 

Plus tard le désir d’étre père, 

Vous prit un jour subitement : 

Vos vœux, je puis en être fière, 

Ont été comblés doublement. 

BOLÉRO. 

Évidemment. 

AURORE. 

Eh bien ! C’est vraiment 
Bien décourageant : 

Vous n’avez pas été content ! 

BOLÉRO. 

Évidemment, évidemment ! 

AURORE, parld. 

Là! Vous voyez bien!... Ab!... 

Pauvres victimes, etc. 

AURORE. 

Vous êtes bien heureux de les avoir aujourd’hui, ces 
déux tilles!... Je ne sais pas trop ce que vous devien- 
driez sans elles... 


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ACTE PREMIER. 


15 


BOLÉRO. 

C’est vrai... 

AURORE. 

D’un côté, vous deviez quatre millions à des banquiers 
de Cadix, la maison Marasquin et compagnie..... 
L’échéance approchait et vous n’aviez pas les fonds, 

BOLÉRO. 

C’était la faillite !... 

AURORE. 

De l’autre, sur les frontières de Grenade, vous aviez 
un voisin redoutable, le Maure Mourzouk, qui se livrait 
à des incursions réitérées sur votre province... Un 
homme qui doit quatre millions à une maison de 
banque, et qui ne peut pas les payer, n’a naturellement 
pas le moyen de se mettre sur un pied de guerre bien 
brillant. 

BOLÉRO. 

Nous allions être englobés... 

AURORE. 

"C’est alors que je suis venue à votre secours. Maras- 
quin et compagnie avaient un fils, un jeune dadais, que 
nous ne connaissons pas, mais sur lequel j’ai les meil- 
leurs renseignements... Quanta Mourzouk, il était céli- 
bataire... Je leur ai envoyé les portraits de Girofle et de 
Girofla, et aujourd’hui un double mariage va vous tirer 
d’affaire. 

BOLÉRO. 

Il reste à savoir si nos filles... 

AURORE. 

Nos filles, «lies sont enchantées de se marier, pour 
quitter enfin le bleu et le rose auxquels nous avons dû 
les condamner depuis leur naissance, afin de pouvoir 
les distinguer. 



GIR0FLÉ-G1R0FLA. 


16 

BOLÉRO. 

Du reste, l’une aura un mari trop doux, l’autre un 
époux terrible et violent : en établissant la proportion, 
nous sommes sûrs qu’elles seront parfaitement heu- 
reuses. 

AURORE, du fond. 

Les voici qui, avant de se rendre à leur toilette nup- 
tiale, viennent vous présenter leurs devoirs... En votre 
qualité de père, il faut que vous leur adressiez quelques 
paroles, 

BOLÉRO. 

Si lu voulais"?... 

AURORE. 

Moi?... Vous savez bien que devant le monde je m’ef- 
face. (Lui donnant un papier.) Seulement, comme vous n’ètes 
bon à rien, je vous ai préparé quelque chose... Vous leur 
donnerez cela... (Musique a l’orchestre.) 


SCÈNE V 

Les Mêmes, CîIROFLÉ, Demoiselles d’iionneur ; 
puis GIROFLA. 

(Giroflé, habillée de bleu, entre suivie de scs demoiselles d’honneur 
également en bleu.) 


COUPLETS 

I 


GIROFLÉ. 

Père adoré, 

C’est Girofle 

Qui vient, avant son mariage, 


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ACTE PREMIER. 


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ïc demander 
De lui donner 

Sur ce point les,conseils d’usage. 

C’est, paraît-il, un grave événement 
Qui se prépare en ce moment; 

Et, pour toujours, m’a-t-on dit, l’hyménée 
Enchaîne notre destinée. 

Bientôt, il me faudra partir; aussi, 

Quand je ne serai plus ici, 

Et quand l’époux remplacera le père, 

Papa, 

Dis-moi cela, 

Que faudra-t-il faire? 

Père adoré, etc. 

AURORE, bas k Boléro. 

Allez!... 

BOLÉRO. 

Ma fille, ma chère Girofle, au moment où tu vas con- 
tracter un engagement solennel... (il s’arrête ému et s’es- 
suie les yeux.) 

giroflé, gagnée par l’émotion. 

Papa!... 

boléro, reprenant. 

Je ne trouve pas de meilleures paroles à t’adresser 
que celles-ci... (il lui tend le papier.) Lis, mon enfant. 

GIROFLÉ, lisant. 

Art. 212. — «Les époux se doivent mutuellement fidé- 
lité, secours et assistance. » — Art. 213. — « Le mari 
doit protection à sa femme, la femme obéissance à son 
mari. » 

2 . 


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18 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


AURORE. 

Ceci, ma tille, c’est la loi. Nous devions te la rappeler. 
Mais il y a différentes manières de l’appliquer. Je t’en- 
seignerai la bonne. 

BOLÉRO. 

Et lu peux t’en rapporter à ta mère, mon enfant; elle 
s’y connaît. — Va t’habiller. 

GIROFLÉ. 

Oui, papa, (il l’embrasse sur le front. — Musique. — Elle 
entre dans le pavillon de gauche, puis revient, se jette au cou de son 
père et rentre de nouveau.) 

AURORE. 

Et moi ! et moi !... (Giroflé revient encore. L’embrassant.) Ma 
chère fille... du courage... (Avec émotion.) Dire que j’ai été 
comme cela!... 

BOLÉRO. 

C'est vrai... Il y a longtemps. (Avec énergie.) Voyons, 
Aurore, tu vas la mettre en retard. 

AURORE. 

Va, mon enfant... (Elle la reconduit au pavillon. Cette der- 
nière entrevue a été faite par un sosie portant exactement le costume 
de l’actrice qui joue le rôle de Girofle. Les demoiselles d’honneur la 
suivent, et en défilant devant Boléro et Aurore, font chacune la révé- 
rence.) 

BOLÉRO. 

A l’autre, maintenant. 

(Girofla parait h droite, vêtue de rose et suivie de scs demoiselles 
d'honneur, également en rose.) 


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ACTE PREMIER. 


19 


GIROFLA. 

Il 

Petit papa, 

C’est Girofla 

Qui Tient, avant son mariage, 

Te demander 
De lui donner, 

Sur ce point, les conseils d’usage. 

Je sais déjà tout le commencement; 

Devant l’autel, premièrement, 

Je sais déjà que l’on va me conduire, 

Et je sais là ce qu’il faut dire. 

Je sais déjà qu’ensuite on dînera; 

Je sais aussi qu’on dansera; 

Oui, mais après?... C’est là qu’est le mystère. 

Papa, 

Après cela, 

Que faudra-t-il faire? 

Petit papa, etc. 

BOLÉRO. 

Ma fille, ma chère Girofla, au moment où tu vas con- 
tracter un engagement... (il s’arrête ému.) 

GIROFLA. 

Papa!... 

AURORE. 

Du reste, ma fille, votre père vient de donner à votre 
sœur un petit papier que vous pourrez consulter avec 
fruit en vous habillant... Allez! 

GIROFLA. 

Oui, maman... (Elle entre dans le pavillon suivie de scs demoi- 
selles.) 


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20 


OIROFLÉ-GIROFLA. 


SCÈNE VI 

BOLÉRO, AURORE, puis MARASQUIN. 

AURORE. 

Boléro, quelle heure est-il? 

BOLÉRO, tirant sa montre. 

Attends, ma bonne... Onze heures et demie. 

AURORE. 

Onze heures et demie!... et nos gendres arrivent à 
midi ; vous n’avez que le temps... Allez à leur rencontre. 

BOLÉRO. 

J’y cours. 

AURORE. 

En même temps, vous passerez chez l’amiral Mala- 
moros, et vous lui rappellerez que c’est aujourd’hui 
même qu’il doit prendre la mer pour donner la chasse 
aux pirates qui infestent nos côtes. 

BOLÉRO. 

Ces gueux de pirates ! Je ne serai pas fâché d’en être 
débarrassé!... Ma parole d’honneur, on n’est plus tran- 
quille chez soi... Pour un peu, ils viendraient vous 
manger dans la main... La semaine dernière, il nous a 
encore manqué quinze jeunes filles... 

AURORE. 

Songez donc, Boléro, s’ils m’enlevaient!... 

BOLÉRO, d’un ton léger. 

Oh! ça!... 

AURORE. 

Vous dites? 


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ACTE PREMIER. 


21 


BOLÉRO, se reprenant. 

Je dis : Oh! ça, ce serait épouvantable! • — Heureuse- 
ment, avec Matamoros, ils n’en ont plus pour longtemps. 
Je le connais, Matamoros, c’est un homme d’aplomb. 
Nous pouvons dormir sur les deux oreilles. 

AURORE. 

Allez vite. (A ce moment, Marasquin paraît U l’escalier de gautlic.) 


MARASQUIN, une carte k la main. 

Pardon !... 


AURORE. 

Qu’est-ce que c’est que celui-là? 

MARASQUIN, lisant. 
Don Boléro d’Alcarazas. 


BOLÉRO. 

C’est moi... 

MARASQUIN, continuant. 

Duc de Malaga... 

BOLÉRO. 

C’est moi. 

marasquin, même jeu. 

Comte de Sandoval, y Gonzales, y Nigo? 

ROLÊRO. 

Nigo?... C’est moi... Seulement, mon garçon, je n’ai 
pas le temps de vous recevoir. 

AURORE. 

Vous repasserez demain. 

MARASQUIN. 

Comment, demain!... Mais c’est aujourd’hui que j’ai 
affaire. 

AURORE. 

Eh bien! j’en suis fâchée, mais vous repasserez... 



22 


f.lROFLÉ-GlROFU. 


Permettez ! 


MARASQUIN. 


aurore, le faisant pirouetter. 
Ainsi, demi-tour et filez!... 


MARASQUIN. 

Mais, madame... 

BOLÉRO. 

Mon garçon, vous comprenez que ce n’est pas le jour 
où je marie mes filles... 


MARASQUIN. 

Puisque je viens pour le mariage... 

AURORE ET BOLÉRO. 

Comment? 


MARASQUIN. 

Je suis votre gendre, Marasquin... 

AURORE ET BOLÉRO. 


Marasquin ! 

MARASQUIN. 

Mais, certainement. 


COUPLETS 

I 

Mon père est un très-gros banquier, 
Fort bien coté dans la finance; 

11 est connu du inonde entier, 

Et possède un crédit immense. 
Votre fille, c’est évident, 

Fait donc une superbe affaire ; 

Elle est certaine, en m’épousant. 
D’avoir toujours le nécessaire. 


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ACTE PREMIER. 


23 


Je ne puis pas être mesquin, 

Ni viser à l’économie, 

Car je suis fils de Marasquin, 

De Marasquin et compagnie ! 

H 

Tout enfant, j’appris chez papa 
Comment une maison se gère. 

Notre ménage produira 
Un bénéfice extraordinaire : 

Lorsque je ferai mon bilan, 

Je suis sur, à titre d’offrande, 

De vous donner, au bout d’un an, 

Un gros bébé pour dividende. 

Je ne puis pas être, etc. 

BOLÉRO, u part. 

Nom d’un petit bonhomme!... Un homme à qui je dois 
quatre millions! 

AURORE, le faisant avancer. 

Donnez-vous donc la peine!... Vraiment, je suis au 
désespoir... (a Boléro.) Mais aussi c’est votre faute!... 

boléro, abasourdi. 

A moi!... 

aurore. 

Certainement!... Vous renvoyez les gens sans leur 
donner le temps de s’expliquer... 

BOLÉRO. 

Mais je n’ai rien dit! C’est toi qui... 

AURORE, b Marasquin. 

Enfin, vous nous excuserez... Ne vous connaissant 
pas... 


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24 


GIKOFLÉ-GIKOKLA'. 


MARASQUIN. 

Comment donc!... (L’embrassant.) Belle-maman... (a 
B oléro.) Beau-père... (il l'embrasse aussi.) 

BOLÉRO, U part. 

Il me fait l’effet d’un bon jeune homme, le fils de 
.Marasquin et compagnie. 

MARASQUIN. 

Et ma douce fiancée ?... 

AURORE. 

Elle s’habille, mon gendre... 

MARASQUIN. 

Alors, on va nous unir? 

BOLÉRO. 

Dans un instant ! 

MARASQUIN. 

Dans un instant!... O joie du ciel! Beau-père... (il 
l’embrasse. A Aurore.) Belle-maman... 

BOLÉRO. 

Nous n’attendons plus que notre autre gendre... 

MARASQUIN. 

Mourzouk?... Vous n’avez donc pas reçu de lettre?... 

AURORE. 

Quelle lettre?... 

MARASQUIN. 

11 m’a écrit qu’au moment de se mettre en route il a 
été pris d’une rage de dents atroce, de sorte qu’il ne 
viendra que demain... 

AURORE. 

Mais alors, voilà les mariages reculés. 


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ACTE PREMIER. 


25 


MARASQUIN. 

Comment, les mariages?... 

AURORE, a Boléro. 

Allez vite tout décommander... 


MARASQUIN. 

Mais permettez!... Je suis là, moi... 


Eh bien ? 


AURORE. 


MARASQUIN. 

Eh bien! il n’y a qu’un mariage à remettre. 


AURORE. 

Pas le moins du monde... Mes filles sont jumelles, il 
faut qu’elles se marient le même jour... 


MARASQUIN. 

Vous êtes bonne !... Mourzouk et moi nous ne sommes 
pas jumeaux, nous. Ça ne me regarde pas. 

BOLÉRO. 

Et puis, il y a un autre motif... J’ai commandé les 
deux noces à forfait... En faisant un bloc de tout, ça 
me revient beaucoup moins cher.., Il y a là une ques- 
tion d’économie qui prime tout... 


MARASQUIN. 

Je m’en fiche un peu, moi, de votre économie!... Vous 
allez me marier ! 


Demain... 


AURORE. 


Tout de suite. 


MARASQUIN. 


BOLÉRO. 

Mais non, mon ami, puisqu’on vous dit demain. 

3 


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20 


GIKOFLÉ-GIKOI'LA. 


MARASQUIN. 

C’est trop fort à la ûn !... Ah! c’est comme <;a !... 
Eh bien, je m’en vais... je retourne chez papa... Et il 
ne sera pas content, papa... Il rompra le mariage et il 
nous fera présenter sa traite de quatre millions, (il sc 
dirige vers l’escalier.) 

AURORE. 

Sa traite !... (vivement.) Non ! non ! Marasquin !... Vous 
ne ferez pas cela ! (a Boléro.) C’est votre faute aussi !... 


BOLÉRO. 

A moi !... 

AURORE. 

Avec votre entêtement ridicule !... 

boléro. . 

Mais je n’ai rien dit !... 

AURORE. 

N’ayez pas peur, mon gendre... On va vous marier!... 
(a Boléro.) Eh bien ! Qu’est-ce que vous faites là!... Au 
lieu d’aller chercher Girofle?... 


BOLÉRO. 

J*y vole, ma bonne, j’y vole, (il sort vivement et entre U 
gauche.) 

marasquin, avec ivresse. 

Elle va venir!... Ah! belle-maman !... (il veut embrasser 
Aurore;) 

AURORE. 

Non ! assez, mon garçon!... N’abusons pas des meil- 
leures choses. 

boléro, revenant. 

La voici... (a part.) C’est soixante francs que j’y perds, 
mais quatre millions, fichtre!..; 


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ACTE PREMIER. 


27 


SCÈNE VII 

Les Mêmes, GIROFLE, le Chœur, PÉDRO, PAQIJITA. 
MORCEAU D’ENSEMBLE. 

CHŒUR. 

A la chapelle, 

On vous appelle, 

Heureux époux, 

Dépêchez-vous ! 

O moment rempli d’allégresse 
Où ces jeunes gens accomplis, 

Pleins de beauté, pleins de jeunesse, 

L’un .à l’autre vont être unis! 

(Pendant ce chœur, Aurore est allée chercher Girofle qui arrive en 
costume de mariée, portant sur l’épaule un ruban bleu.) 

AURORE, U Marasquin. 

Mon gendre, votre femme. 

ROLÉRO, il Giroflé. 

Ma fille, ton époux. 

MARASQUIN ET GIROFLE, en CXlaSC. 

♦ Quelle subite flamme 

Soudain s’allume en nous ! 

boléro, ii Marasquin. 

Eh bien, <|u’cn dites-vous ? 


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28 


GIROflÉ-GIROFLA. 


COUPLETS. 

MARASQUIN. 

I 

O ciel ! qu’ai-je ressenti là? 

Un coup, un choc, une secousse! 

Tout mon être a perdu le la, 

Comme un fou mon cœur se trémousse... 
J’ai froid, j’ai chaud, j’ai le frisson, 

Je ressens un grand mal de tète. 

Enfin, je n’ai plus ma raison: 

Combien je dois vous sembler béle ! 

En si peu de temps, 

Enjôler les gens, 

Sans défiance, 

C’est un abus de confianco. 

C’est un guet-apens ! 

AURORE (parlé), k Girofle'. 

Réponds, ma fille. 

GIROFLÉ. 

II 

O trop séduisant inconnu, 

Jeune homme plein de poésie, 

Du premier coup vous m’avez plu, 

J’en suis encor toute saisie ! 

Vous possédez tant de cachet, 

Tant de finesse et d’élégance ! 

Je me suis prise au trébuchet 
Que vous tendez à l’innocence ! 

En si peu de temps, 

Enjôler les gens 


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ACTE PREMIER. 


29 


Sans défiance, 

C’est un abus de confiance. 

C’est un guet-apens ! 

AURORE. 

Mais où donc est mon autre fille ? 

PAQUITA . 

Madame, elle s’habille, 

Et dans un instant sera là. 

BOLÉRO. 

Fort bien, attendons-la. 

s* 

MARASQUIN. 

Non, pas cela 1 

(A Pédro.) 

Dis-lui qu’à la chapelle elle nous trouvera. 


TOUS. 

Dis-lui qu’à la chapelle elle nous trouvera. 
CHOEUR. 

A la chapelle, etc. 

(ils sortent tous h l’exception de Pédro. — Mélodrame U l’orchestre.) 


SCÈNE VIII 

PÉDRO, puis Les Pirates, puis GIROFLA. 
pédro, seul. 

. Ils vont se marier!... Qu’ils sont heureux!... Enfin!.., 
Allons prévenir M Ho Girofla... (il entre dans le pavillon. A co 
moment, du fond, émerge une tête, puis deux, puis trois, etc. Ce 

3. 



30 


GIROFLÉ-G1ROFLA. 


sont les pirates qui escaladent de tous les c.ôt<Ss . En quelques instants 
la scène se trouve remplie.) 

CHOEUR DES PIRATES. 

Parmi les choses délicates 
Que doivent faire des pirates. 

Il faut ranger premièrement 
Il faut ranger l’enlèvement 
De toute fillette tombant 
Entre leurs pattes ! 

Or, Girofla, 

Sans méfiance 
Et sans défense, 

Ici viendra ; 

De sa faiblesse, 

Nous profitons 
Et l’enlevons 
Avec prestesse. 

Mais dans ceci, 

11 faut ici 
Être prudents 
Et vigilants : 

Ne disons rien, 

Cachons-nous bien. 

Parmi les choses, etc. 

(ils sc dissimulent. A ce moment, Girofla en robe blanche, un ruban 
rose sur l’épaule, sort du pavillon de gauche, précédée de scs 
demoiselles d’honneur.) 

LES DEMOISELLES d’uONNEUR. 

Venez, venez, mademoiselle, 

Car l’on marie en ce moment 


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ACTE PREMIER. 


31 


Girofle, votre sœur jumelle, 

Ne perdons pas un seul instant. 

LES pihates, se montrant. 

Un instant ! 

(Les demoiselles poussent un cri et s’enfuient précipitamment. 
Girofla est entourée par les pirates.) 


GIROFLA. 

O ciel! des brigands! des pirates! 


LES PIRATES. 

Elle est tombée entre nos pattes ! 

GIROFLA. 

Au secours ! au secours ! 

pédro, accourant armé d’une broclie. 

Me voici! j’accours : 

(Aux pirates.) 

Garde à vous, ou je vous embroche ! . 

LE CHEF. 

Qu’on s’empare de ce fantoche ! 

(ou cntrainc Pédro et Girofla.) 

PÉDRO ET GIROFLA. 

Au secours ! au secours ! 

i.ES pirates, revenant sur le devant de la scène, h pleine voix. 

Parmi les choses délicates!... 

le CHEF, redescendant au milieu d’eux. 

Faites silence, pas de cris, 

Car nous pourrions être surpris. 

(ils reprennent le chœur il demi-voix, puis disparaissent tous ensemble 
sur un forte a l’orchestre.) 


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32 


GIROFLÉ-GIHOFLA. 


SCÈNE IX 

PAQUITA, puis BOLÉRO. 


PAQUITA, paraissant au lmut de l’escalier de gauche. 

O mon Dieu, qu’ai-je vu?... Pédro et M lle Girolla !... 
enlevés par les pirates !... (Fondant en larmes.) Mon pauvre 
Pédro!... Au secours! au secours! 


BOLÉRO, entrant. 

Comprend-on cette Girofla qui n’arrive pas... qu’est-cc 
que ça signifie?... 

t 

paquita, l’apercevant. 

Mon parrain!... Ah! si vous saviez... (Elle se remet U 
pleurer.) 

BOLÉRO. 

Quoi donc?... 

PAQUITA. 

Pédro !... Il vient d’ôtre enlevé par les pirates... 

boléro, avec indifférence. 

Ah !... tant pis ! tant pis!... 


Avec M lle Girofla !... 


PAQUITA. 


boléro, bondissant. 

Avec Giro!... Qu’est-ce que tu me dis là... Ma fille... 

PAQUITA. 

Ici, tout à l’heure... Je les ai vus... 

BOLÉRO. 

Oh!.. (Courant au fond.) Pirates! Pirates! Arrêtez 


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ACTE PREMIER. 


33 


PAQL'ITA. 

Ah! bien oui!... Ils sont loin maintenant!... 
boléro, pleurant. 

Une fille que je dois marier demain matin I 
paqujta, sanglotant. 

Un amoureux qui réussissait si bien les crèmes ! 

BOLÉRO. 

Comment vais-je annoncer ça à ma femme? 

aurore, en dehors. 

C’est inouï!... c’est inimaginable! 

BOLÉRO. 

C’est elle !... (a Paquita.) Ne me quitte pas! 


SCÈNE X 

Les Mêmes, AURORE. 
aurore, entrant très-agitde. 

Ah ! çà, est-ce que vous vous moquez de moi?... Je 
vous envoie chercher Girofla, et vous ne revenez plus... 
La cérémonie est finie maintenant. 

boléro. 

Mais, bonne amie, (a part.) Préparons-la doucement... 
(Haut.) Aurore, il est des circonstances dans la vie... 

aurore, dtonnée. 

Hein? * 

boléro. 

On ne s’attend k rien... L’avenir nous apparaît sou- 
riant... et puis tout à coup... 



34 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


AURORE. 

Tout à coup?... 

BOLÉrfh. 

Des pirates arrivent... 

AURORE. 

Des pirates!... Miséricorde!... Est-ce que?... 


BOLÉRO, avec des larmes. 

Aurore !... 


Ah ! 


aurore, avec un cri. 
boléro, de même. 


Oh!... 

aurore, après un moment.. 
On a enlevé ma fille! 

paquita, pleurant. 


Avec Pédro !... 

AURORE. 

Mais non!... c’est impossible, vousrauriezdéfcnduc... 

BOLÉRO. 

Mais, ma bonne amie... 


aurore, avec force. 

Vous avez laissé enlever votre fille sans la défendre? 


BOLÉRO. 

Mais non... mais non... Comment peux-tu croire? Je 
l’ai défendue... Oh ! si tu avais vu... il y a eu une lutte 
terrible... demande à Paquita... Malheureusement, après 
un combat héroïque, j’ai succombé sous le nombre !... 

AURORE. 

Oh ! se laisser ainsi prendre son enfant ! 


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ACTE PREMIER. 


35 


BOLÉKO. 

Mais puisque je te dis... 

aurore, avec force. 
11 fallait vous faire tuer ! 


boléro, protestant. 

Oh! permets... 

aurore. 

Nous voilà gentils... Et tout ça par votre faute.. 


Mais... 


BOLÉRO. 


AURORE. 

Que répondrez-vous au terrible Mourzouk qui viendra 
pour l’épouser demain matin?... 


BOLÉRO, suppliant. 

Ma bonne amie... 

AURORE. 

Savez-vous bien qu’il vous tuera!... 


BOLÉRO. 

Mon Dieu! que faire?... Que devenir?... 


aurore, avec mépris. 

Ah! quel homme!... 11 s’agit bien de pousser des 
hélas!... Comme s’il n’y avait pas autre chose à faire!... 


BOLÉRO. 


Quoi donc?... 

aurore. 

N’avons-nous pas Matamoros?... 


BOLÉRO. 

Matamoros!... c’est vrai!... L’intrépide amiral!... 
Il faut le prévenir bien vite... Il se mettra à la poursuite 


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36 


G1R0FLÊ-G1R0FLA. 


des pirates... Avant ce soir il pourra les rejoindre, leur 
reprendre Girofla... 

l’AQUITA. 

Et Pédro !... 

BOLÉRO. 

Et quand Mourzouk arrivera... 

AURORE, le poussant. 

Mais courez donc !... 

BOLÉRO. 

Oui. . . courons !... (Us sortent vivement par l’escalier de droite.) 


SCÈNE XI 

GIROFLE, MARASQUIN. 

(Au moment où sortent Boléro, Aurore et Paquita, on entend les cris 
de : Vive M. le marié, vive M me la mariée !... Marasquin, ayant 
U son côté Giroflé, entre radieux.) 

MARASQUIN. 

Merci, meâ amis, merci... (ils descendent en scène. 
DUETTO. 

ENSEMBLE. 

C’est fini 1 le mariage 
L’un à l’autre nous unit ! 

Des mariés de notre âge, 

Ah ! mon Dieu 1 que c’est gentil 1 

I 

MARASQUIN. 

Si quelqu’un venait vous dire : 

Ce mariage est mal fait ; 


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À OTE PREMIER. 


37 


Pour le biffer d’un seul trait, 

Un mot de vous peut suffire. 

Que diriez-vous, s’il vous plaît? 

C1ROFLÉ. 

Je dirais... ce qu’il faut dire : 

On ne peut plus s’en dédire, 

Ce qu’on a fait est bien fait ! 

ENSEMBLE. 

Ce qu’on a fait est bien fait ! 

II 

GIROFLÉ, 

Si l’on vous faisait connaître 
Que j’ai des défauts affreux, 

Que vous serez malheureux 
Autant qu’un mari peut l’être, 

Que diriez-vous, s’il vous plaît ? 

MARASQUIN, 

Je dirais... ce qu’il faut dire : 

On ne peut plus s’en dédire, 

Ce qu’on a fait est bien fait ! 

GIROFLÉ. 

Ce qu’on a fait est bien fait ! 

ENSEMBLE. 

C’est fini, le mariage, etc. 

t 

MARASQUIN. 

C’est qu’il n’y a pas à dire, ma petite Girofle, noua 
voilà maintenant mari et femme. 

GIROFLÉ, gaiement. 

Mon Dieu oui, monsieur Marasquin. 

h 


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GIROFLÉ-GIROFLA. 




MARASQUIN. 

Nous nous appartenons mutuellement l’un à l’autre. 


G1R0FLÈ. 

Oui, c’est ce que papa m’a dit quand il m’a fait ce 
matin scs recommandations. 


MARASQUIN. 

Ah ! quelles recommandations? 

GIROFI.É. 

Mais... de vous obéir... en tout... 


MARASQUIN. 

Ah ! il vous a dit... Il a bien fait. Seulement, j’ajou- 
terai une chose... Je suis d’une nature très-timide et j’ai 
besoin d'ètre un peu encouragé. 

GIROFI.É. 

Ah!... eh bien, je vous encouragerai... Seulement 
papa ne m’a pas dit ça. 

MARASQUIN. 

Oh! il ne pouvait pas tout vous dire... Tenez, par 
exemple en ce moment, vous m’encouragerez beaucoup 
en me laissant prendre.., 

GIROFLE. 

Quoi donc? 

MARASQUIN. 

Un baiser... 

GIROFLE. 

Oh!... Je ne demande pas mieux... Du moment que 
c’est pour vous encourager... (il l’embrasse. — Bruit au de- 
hors. — s'échappant.) Papa et maman ! 

MARASQUIN. 

Ma nouvelle famille. 


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ACTE PREMIER 


39 


SCÈNE XII 

Les Mêmes, BOLÉRO, AURORE, PAQUITA, 
puis MOURZOUK. 

aurore, entrant la première. 

. Enfin, me voilà un peu plus tranquille... Matamoros 
nous a juré de ramener Girofla dans la soirée. 

BOLÉRO. 

Oui, moyennant dix mille piastres que tu lui as pro- 
mises. 

AURORE. 

Vous êtes un imbécile... Je les lui ai promises... mais 
ça n’engage à rien. L’important est que lorsque le ter- 
rible Mourzouk arrivera demain matin, il trouve sa 
fiancée... et il la trouvera. 

BOLÉRO. 

Nous pouvons respirer.. . (En ce moment, on entend au de- 
hors un fort bruit de trompette.) Hein ? 

aurore, inquiète. 

Une trompette ! (Nouveau bruit.) 

boléro. 

Qu’est-ce que ça veut dire ?... 

paquita, annonçant du haut de l’escalier. 

Sa Hautesse le seigneur Mourzouk précédé de sa suite ! 

AURORE ET BOLÉRO. 

Mourzouk !... 

MARASQUIN. 

Comment se fait-il?... 


40 


GIROFLfi-f.IROFLA. 


BOLÉRO. 

Nous sommes perdus!... (Entrent les Maures composant 
l’escorte de Mourzouk.) 

CHOEUR DES MAURES. 

Majestueux, 

Et deux par deux, 

Nous arrivons d’un long voyage ; 

Écartez-vous, 

Regardez-nous, 

Rangez-vous sur notre passage. 

Plus brillants que des météores, 

Sous nos habits multicolores, 

Nous faisons pâlir les aurores : 

Tout disparaît devant les Maures. 

Et chacun dit, 

Tout interdit, 

Ah ! quels beaux hommes que ces Maures ! 

mourzouk, entrant vivement. 

C’est moi, Mourzouk, bonjour, bonjour! 

Allons au fait et sans détours : 

Les bons discours sont les plus courts 
Bonjour, bonjour! 

REPRISE DU CHŒUR. 

Majestueux, etc. 

mourzouk, h sa suite. 

Laissez-moi... (Les Maures se retirent.) 

aurore, k part. 

Quel homme ! 

boléro, k part 
Je ne me sens pas bien ! 


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ACTE PREMIER. 


ai 


MOURZOUK. 

Eh bien, c’est comme cela qu’on me reçoit? Où est le 
beau-père ? 

aurore, poussant Boléro. ' . 

Allez donc. 

bolP.ro, h part. 

Je flageole, (naut.) Le beau-père, c’est moi. 

MOURZOUK. 

Ah! c’est vous. (D’une voix terrible.) Eh bien, voyons... 
approchez... 

boléro, allant 'a lui avec crainte. 

C’est que... je vais vous dire... nous ne vous atten* 
dions que demain matin. 

MOURZOUK. 

Eh bien, j’ai changé d’idée... Est-ce que cela vous 
fâche? 

BOLÉRO, vivement. 

Non, non !... 

MOURZOUK. 

A la bonne heure ! Parce que je vous préviens d’une 
chose : je n’aime pas qu’on me manque. Je ne l’ai ja- 
mais toléré, je ne le tolérerai jamais ! (U frappe du pied 

avec force, tout le monde sursaute.) 

% • 

giroflé, h part. 

Le vilain homme !... 

MARASQUIN, h part. 

Il n’est pas commode le beau-frère 1 


BOLÉRO. 

Pourtant, puisque vous aviez mal aux dents... 

4 . 


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42 


C.IROFLÉ-f.lROFLÀ. 


MOURZOUK. 

C’est passé!... Je me les suis fait toutes arracher... 
Mais assez causé... Montrez-moi nia future... (Désignant 
Giroflé.) C’est mademoiselle?... (il s’approche d’elle pour l’em- 
brasser.) Mademoiselle, permettez-moi... 

giroflé, se reculant vivement. 

Non, non, ça n’est pas moi... 

MARASQUIN. 

Mademoiselle est ma femme. 

GIROFLÉ. 

Et monsieur est mon mari. 

BOLÉRO. 

Il ne faut pas confondre... Le ruban bleu est à mon- 
sieur... vous, vous avez le ruban rose. 

Mourzouk, en colère. 

Eh bien, où est-il le ruban rose? Qu’on me le montre ! 
boléro, h Aurore (bas). 

Que faire ? 

AURORE, de même. 

Arrangez-vous, ça vous regarde... C’est vous qui êtes 
le chef de la communauté. 

boléro, h part. 

Oh ! me lâcher dans un pareil moment ! 

mourzouk, se montant. 

Eh bien, répondrez-vous, mille yatagans ! 

AURORE, a Boléro. 

Répondez donc. 


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ACTE PREMIER. 


43 


BOLÉRO. 

Voilà... c’est bien simple... Comme nous ne comptions 
plus sur vous pour aujourd’hui, Girofla ne s’est pas ap- 
prêtée. 

mourzouk, bondissant. 

Hein ? 

BOLÉRO. 

Mais vous pouvez être sur que. demain matin au petit 
jour... 

MOURZOUK. 

Demain!... Est-ce que vous vous moquez de moi? 

AURORE. 

Seigneur Mourzouk, vous savez ce que c’est que les 
jeunes filles... Nous lui avons dit : ce ne sera que de- 
main... elle s’est faite à cette idée-là... et... 

MOURZOUK. 

Impossible ! 

BOLÉRO. 

Impossible ? 

MOURZOUK. 

Demain, il faut que je parte pour une expédition, je 
laisserai ma femme ici jusqu’à mon retour, mais d’ici 
là, je veux être son époux... C’est compris? 

BOLÉRO. 

Oui, oui. (a part.) Tâchons de gagner du temps. (Haut.) 
Dites donc, qu’est-ce que vous diriez d’un petit mariage 
vers les minuit, une heure?... 


AURORE. 

Aux flambeaux ! 


MOURZOUK. 

Ah ! mais vous m’agacez à la fin... Je vous dis que je 
veux me marier tout de suite, à l’instant. 


44 


GIROFLÊ-GIKOFLA. 


boléro, prenant son courage h deux mains, 
A l’instant, ça ne sc peut pas. 


MOURZOUK. 

Répétez-le donc ? 

BOLÉRO. 

Ça ne se peut pas... Je le répète. 

MOURZOUK. 

Mille yatagans ! 

tous, se reculant épouvantés 

GIROFLÉ. 


Ah! 

Il va tuer papa ! 


MOURZOUK. 

On ne m’a jamais manqué... on ne me manquera ja- 
mais !... 

boléro, h Aurore, avec désespoir. 

Que faire? 

aurore. 

Oh! ça vous regarde !... 


MOURZOUK. 

Eh bien... est-ce oui? 


Papa, dis oui. 
Dites oui. 

Dites donc oui. 


GIROFLÉ. 

MARASQUIN. 

AURORE. 


boléro, hors de lui. 

Ils sont bons ! Mais je ne peux pas dire oui ! 


MOURZOUK. 

Écoutez... je vais faire un bout de toilette... je reviens 


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ACTE PREMIER. 45 

dans cinq minutes., et si ma future n’est pas prête, vous 
aurez affaire à moi. 

BOLÉRO. 

Oh! 

MOL'RZOTTK, s’en allant k gauche. 

Vous aurez affaire à moi, et ce sera terrible. 

BOLÉRO. 

Je suis perdu ! . 

MARASQUIN, k Botëro. 

Ne craignez rien, je vais le calmer... En attendant, 
dites à Girofla de se préparer. 

mourzouk, du haut de l’escalier. 

Vous avez entendu? ce sera terrible !... 

(il sort, Marasquin le suit.) 


SCENE XIII 

Les Mêmes, moins MOURZOUK et MARASQUIN. 

AURORE. 

Comme il est pressé, cet homme ! 

BOLÉRO. 

On a bien raison de dire : les Maures vont vite ! 

GIROFLÉ. 

Mais je ne vous comprends pas ; papa n’a qu’à faire 
ce qu’il demande... Qu’est-ce que ça fait? 

BOLÉRO. 

Comment! qu’cst-ce que ça fait!... mais ça fait 



46 


GIROFLÊ-GIROFLÀ. 


tout!... Est-ce que tu crois que si ta sœur était ici, je 
ne la lui donnerais pas tout de suite? 

GJROFLÉ. 

Ma sœur n’est pas ici ! 

BOLÉRO. 

Mais non! 

AURORE. 

Ton père l’a laissé enlever par les pirates. 

G1ROFI.É. 

Girofla enlevée !... Oh ! ma pauvre sœur!... 

BOLÉRO. 

Il s’agit bien d’elle pour le moment ! Plains ton père 
d’abord et aide-nous à trouver quelque chose. 

• » 

GIHOFLÉ. 

Mais je ne vois rien. 

aurore, remontant. 

Ma foi, ni moi non plus. 

BOLÉRO. 

Mon Dieu ! mon Dieu ! Et la bête fauve qui va re- 
venir !... Quel drame! Quel abîme!... ' 

aurore, qui a baissé machinalement les yeux h terre, aperçoit sur le 
sol le ruban rose que Girofla a perdu en se défendant contre les 
pirates. Le ramassant. 

Le ruban de Girofla!... 

boléro, tristement. 

Il se sera détaché dans la lutte... 

AURORE, a part. 

Quelle idée!... Pourquoi non ?{Haut, poussant un cri.) J’ai 
trouvé ! 


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ACTE PREMIER. 


47 


boléro, bondissant. 

Tu as trouvé ? 

AURORE. 

Ah ! seulement je dois vous prévenir, le moyen est un 
peu risqué !... 

BOLÉRO. 

Qu’est-ce que ça fait !... Voyons ! 

AURORE. 

Giroflé, approche ici... (Giroflé s’approche.) Je te retire 
ce ruban, je le remplace par celui-ci, et maintenant... 

GIROFLÉ. 

^Maintenant ? 

AURORE. 

Maintenant tu t’appelles Girofla... 


Comment? 


GIROFLÉ. 


AURORE. 


Et tu épouses Mourzouk, c’est bien simple !... 


BOLÉRO, effrayé. 

Comment, tu veux?... 

GIROFLÉ. 

Par exemple !... 

AURORE. 

Ah ! je vous ai prévenus... C’est un peu risqué... 

BOLÉRO. 

Au fait... Du moment qu’on ne trouve pas autre 
Chose... 

GIROFLÉ. 

Mais c’est impossible... puisque je viens d’épouser 
M. Marasquin. 



48 G1R0FLÉ-GIR0FIÀ. 

BOLÉRO. 

Oui, le fait est que... 

AURORE. 

Qu’est-ce que ça fait... Ce soir, l’amiral Matamoros 
nous aura ramené ta sœur, nous opérons la substitu- 
tion en temps utile, et Marasquin et Mourzouk n’y au- 
ront vu que du feu... 


, BOLÉRO. 

Oh! superbe ! C’est un trait de génie... 


GIROFLÉ. 

Mais permettez!... D’ici là, ça me fera deux maris, 
et c’est grave !... 


COUPLETS 

I, U Boléro. 

Ce matin l’on m’a dit : « Ma fille, 
Envers ton époux il faudra 
Te montrer soumise et gentille 
Et faire ce qu’il te dira. » 

Je m’étais soumise d’avance, 

Mais, quand j’en aurais deux, papa, 
Pour tous deux est-ce qu’il faudra 
Avoir la même obéissance?... 

II, h Aurore. 

Sur moi, de par le mariage, 

Ils auront les mêmes pouvoirs. 

En me mariant, je m’engage 
A bien remplir tous mes devoirs. 


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ACTE PREMIER. 


49 


Mais, si tous deux, quelle imprudence ! 
Allaient m’aimer également, 

Pour tous deux, faudrait-il, maman, 

Avoir la même obéissance ?... 

„ AURORE. 

Oh! tu nous fais là des questions!... Certainement 
que non, ma fille. 

BOLÉRO. 

Mais nort! mais non!... Il ne s’agit que de gagner 
l’arrivée de Matamoros. 

GIROFLÉ. 

Mais pourtant!... 

AURORE. 

Nous n’avons pas le temps de discuter... Voici Mour- 
zouk qui revient... Du calme, du sang-froid!.,. 

BOLÉRO. 

Et sois à la hauteur de la situation !. .. 

GIROFLÉ. 

O mon Dieu! mon Dieu ! 


SCÈNE XIV 

Les Mêmes, MOURZOUK, MARASQUIN, PAQUITA, 
Les Chœurs. 

FINAL. 

CHŒUR. 

Voici l’heure et le moment, 

Accourons tous promptement, 

5 


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50 


G1ROFLÉ-GIROFLA. 


Car ou va présentement, 

Sans aucun empêchement, 

Unir conjugalement 
Un nouveau couple charmant. 
Accourons tous promptement, 

Voici l’heure et le momeut. 

mour2ouk, arrivant avec Marasquin. 
Beau-père, me voici, 

Avez-vous réfléchi ? 

boléro. 

J’ai réfléchi, mon gendre, 

Et sans vous faire attendre, 

Je vous amène Girofla, 

Votre future, que voilà. " 

Pàquita, a part. 

Girofla ! 

Que veut dire cela? 

mourzouk, s’approchant de Girofla. 
Mademoiselle... 

(s’arrêtant surpris.) 

Ahl sur mon âme 1 
Comme elle ressemble à sa sceurl 

MARASQUIN. 

Comme elle ressemble à ma femme 1 

1 GIROFLÉ, h part. 

O mon Dieu! mon Dieu! que j’ai peur! 

marasquin, k Boléro. 
Présentez-moi donc, cher beau-père* 

Je vous prie, à ma belle-sœur. 


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ACTE PREMIER. 


51 


boléro, a part. 

O ciel ! 

(Présentant Marasquin a Giroflé.) 
Girofla, ton beau-frère. 
’ (A Marasquin,) 

Marasquin, votre belle-sœur. 


ENSEMBLE, 

MARASQUIN, 

/ Comme elle ressemble à ma femme! 

1 MOURZOUK. 

/ Comme elle ressemble à sa sœur! 

I GIROFLÉ, BOLÉRO, AURORE. 

\ 0 mon Dieu! mon Dieu! que j’ai peur! 
MOURZOUK, 'a Marasquin, 

Beau-frère, voulez-vous me servir de témoin? 

MARASQUIN. 

A nul autre, mon cher, je n’en laisse le soin ! 

BOLÉRO ET AURORE. 

Comment, il lui sert de témoin ! 

MOURZOUK, U Giroflé. 

* 

Venez, mademoiselle, 

Voici le doux moment, 

Partons pour la chapelle. 

marasquin, passant entre Aurore et Boléro. 

Mais un instant!... Ma femme?... Où donc est-elle? 

aurore, vivement, cherchant a l'entraîner. 

Là-bas, elle nous rejoindra! 


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52 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


marasquin, insistant. 

Où donc est-elle ? 

BOLÉRO, l’entraînant aussi. 
Puisqu’on vous dit qu’elle viendra ! 
Partons pour la chapelle. 

TOUS. 

Partons pour la chapelle ! 

reprise du chœur, de la scène vil. 

A la chapelle, etc, 

Ddfilé au son des cloches, — Rideau. 


FIN DU PREMIER ACTE. 


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ACTE DEUXIÈME 

• - 


Le théâlre représente un grand salon mauresque tout rehaussé 
d’or, communiquant au fond, par une large baie, avec la salle 
à manger. — A gauche, une fenêtre. — Portes latérales. — 
Dressoirs chargés de vaisselle et de victuailles. — Un petit gué- 
ridon. — Chaises, fauteuils. 


SCÈNE PREMIÈRE 

BOLÉRO, PAQU1TA. 

(Au lever du rideau, Boléro est a la fenêtre et interroge l’horizon 
avec une lunette d’approche. I’aquita essuie des assiettes.) 


paqdita, s’approchant de lui doucement. 

Eh bien, mon parrain? 

BOLÉRO. 

Rien! toujours rien!... 

PAQUITA. 

Il ï a pourtant déjà quatre heures que l’amiral Mala- 
moros a pris la mer. 

boléro, avec abattement. 

Oui... Il y a quatre heures qu’il a pris la mer. Et il 

5 . 



54 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


ne me ramène pas ma fille ! Ah ! ma situation est sans 
exemple. D’ordinaire on a trop de filles et pas assez de 
gendres... Moi, j’ai trop de gendres et pas assez de filles. 

PAQUITA. 

Voyons, mon parrain, du courage!... 

BOLÉRO. 

Du courage I... Si tu crois que je n’en ai pas eu pour 
arriver jusqu’à maintenant sans éclat... Il fallait à tout 
prix dissimuler l’absence de Girofla et occuper la noce 
et les maris... Je leur ai proposé une promenade : ça les 
embêtait, mais ils n’ont pas osé refuser... Alors, pen- 
dant qu’Aurore emmenait la seule fille qui nous reste, 
je les ai conduits successivement dans les parterres, 
dans le potager, dans les serres, dans la métairie, dans 
la bouverie et jusque dans les terrains de labour... 
Ensuite, je les ai entraînés dans la campagne, et sous 
prétexte de leur faire admirer le bon entretien des 
chemins vicinaux, je les ai fait marcher pend.ant trois 
heures. 

PAQUITA. 

Doivent-ils être éreintés? 

BOLÉRO. 

Ils l’étaient!... Mais depuis que nous sommes revenus, 
ils ont dû se refaire et, d’un instant à l’autre, je vais les 
avoir sur le dos pour le dîner... Sans compter les 
petits cousins de mes filles qui viennent d’arriver; une 
bande de petits polissons qui seront terribles. 

PAQUITA. 

Il faut prendre un parti!... 

BOLÉRO. 

Tu sais bien que j’en suis incapable... Ma femme n’est 


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ACTE DEUXIÈME. 


55 


pas là... Elle m’avait dit qu’elle me rejoindrait ici et... 
(prêtant l’oreille.) Ah! grand Dieu! La voici!... 

paquita. 

Madame? 

BOLÉRQ. 

Non! la noce... Et je suis tout seul!... Allons!... Il 
faut prendre une physionomie souriante. (Ritournelle. — 
Toute la noce arrive par le fond.) 


SCENE 


II 


Les Mêmes, La Note, Les Cousins; puis MARASQUIN, 
MOURZOUK ; puis AURORE. 


MORCEAU D’ENSEMBLE. 

CHŒUR. 

Nous voici, monsieur le beau-père, 
Bien portants, dispos et joyeux, 

Et tous très-disposés à faire 
Honneur à vos mets savoureux. 

le notaire arrivant-. 

Moi, je suis le notaire. 

un garçon d’honneur, de même. 
Moi, le garçon d’honneur. 

LE PERCEPTEUR. 

Et moi, le percepteur! 

BOLÉRO, saluant. 

Je suis votre humble serviteur!... 


» 


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56 


GIROFLÊ-GIROFLÂ. 


l’oncle. 

Et moi, je suis l’oncle héritage, 
C’est pour cela qu’on me ménage. 

LE PARRAIN. 

Moi, je suis le parrain!;.. 


LA MARRAINE. 

Moi, je suis la marraine... 

LE PARRAIN ET LA MARRAINE. 

A bien des frais, ça vous entraîne... 

UN grand jeune homme, avec un tambour de basque. 

Je suis venu comme danseur. 

(il esquisse un pas.) 

boléro, l’imitant. 

Je suis votre humble serviteur. 

les cousins, entrant. 

Et nous, nous sommes 
Les cousins, 

Gais jeunes hommes, 

Très-malins ; 

Aimant les gaillardises, 

Et venus tout exprès, 

Pour dire avant, pendant, après, 

Pour dire et faire des bêtises... 

boléro, k part. 

Ceux-là me font mourir de peur. 

(Haut et saluant.) 

Je suis votre humble serviteur. 

REPRISE. 

Nous voici, monsieur le beau-père! etc. 


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ACTE DEUXIÈME. 


57 


GUSMAN, regardant au fond. 

Ah ! voici les deux époux... 

TOUS. 

Vivent les époux !... 

marasquin, entrant avec Mourzouk. 

Merci, mes amis, merci ! 

mourzouk, tapant sur l’épaule de Boléro, d’un air jovial. 
Beau-père!... 

boléro, machinalement. 

Je suis votre humble... (se reprenant.) Non, je voulais 
dire... A table! à table!... 

TOUS. 

C’est cela! A table! 

MOURZOUK. 

Permettez!... Nous ne sommes pas au complet... 
boléro, h part. 

Nous y voilà!... (îinut.) Comment, pas au complet?... 
Je ne vois pas... (il fait semblant de chercher.) Ah! tiens, 
c’est vrai!... Ma femme n’est pas là... (Appelant.) Aurore ! 
Aurore !... 

aurore, dans la coulisse. 

Voilà! voilà!... 

BOLÉRO. 

Ah! (A part.) Enfin !... (Bas h Aurore qui entre par la droite.) 
Et Giroflé? 

aurore, de même. 

Consignée dans sa chambre... 

BOLÉRO. 

Bien ! 


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58 


G1R0FLÉ-GIR0FLA. 


AURORE. 

On nous observe... Silence!... (Haut.) Messieurs, le 
bras aux dames. 

MOURZOUK. 

Un instant!... Dans tout ça, je ne vois pas ma 
femme... 

MARASQUIN. 

Ni moi la mienne... 

AURORE. 

Elles vont venir. 


MOURZOUK . 

C’est que je suis pressé, moi... Vous savez que je pars 
demain à midi... 

BOLÉRO. 

Oh! d’ici là... 

MARASQUIN. 

Mais... 

aurore, vivement. 

A table!... * 

TOUS, chantant h pleine voix. 

A table!... A table!... A table!... 


(ils entrent au fond sur une musique de scène. Les rideaux se ferment.) 


AURORE, h Boléro. 

Allez avec eux... Moi, je reste ici. 

BOLÉRO. 

Comment! tu veux... 

AURORE, le poussant. 

Allez donc!.... et donnez-moi ça... (Elle lui prend la lor- 
gnette.) 

BOLÉRO, h part. 

Qu’est-ce que je leur dirai ? (il entre au fond.) 


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ACTE DEUXIÈME. 


59 


SCÈNE III 

AURORE, PAQUITA. 

AURORE. 

Ohl ce Boléro 1... Pas de sang!... La moindre chose 
lui fait perdre la tète... 


PAQUITA. 

Franchement, madame, il y a un peu de quoi ! 

AURORE. 

Allons doncl Ne dirait-on pas que tout est perdu parce 
que Matamoros est un peu en retard?... Ça arrive à tout 
le monde... Mais il ne doit pas être loin maintenant... 
Voyons... 

(Elle prend la lorgnette et regarde. Sortie de Paquita.) 


SCÈNE IV 

AURORE, BOLÉRO* 

BOLÉRO, il a sa serviette au cou et entre effaré. 
Aurore l Aurore l... 

aurore, se retournant. 

Comment 1 c’est vous? 


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60 


G1ROFLÉ-GIROFLA. 


BOLÉRO. 

La situation n’est plus tenable... Ils demandent leurs 
femmes à grands cris!... 

AURORE. 

11 fallait les leur promettre. 

BOLÉRO.. 

C’est ce que j’ai fait, mais ça commence à être usé... 
Vas y, toi... Peut-être qu’un nouveau visage... 

aurore, se dirigeant vers le fond. 

Allons! c’est bon!... Puisque vous n’êtes capable de 
rien. . 

boléro, courant après elle. 

Donne-moi la lorgnette !... (il la lui prend. Aurore entreau 
fond.) 

SCÈNE V 

BOLÉRO, puis GIROFLÉ. 

BOLÉRO, seul. 

Ah! quelle position!... (il braque sa lorgnette.) Et tou- 
jours rien!... (A ce moment, une porte a droite s’ouvre avec vio- 
lence et Giroflé entre vivement. Il se retourne.) Comment! Gi- 
rofle !... 

giroflé, furieuse. 

Oui, c’est moi!... J’en ai assez, à la tin... 


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ACTE DEUXIÈME. ' 


DUETTO. 

GIROFLÉ. 

Papa! Papa! 

Ça ne peut pas s’passer comm’ça! 

BOLÉRO, effrayé. 

Voyons! il faut de la prudence!... 

♦ 

GIROFLE. 

Ça m’est égal ! 

BOLÉRO. 

Il y va de mon existence... 

GIROFLÉ. 

J’m’en moqu’pas mal !... 


ENSEMBLE. 

GIROFLÉ. 

Papa! Papa! 

Ça ne peut pas s’passer comm'ça 1 

BOLÉRO. 

Holà! Holà! 

11 ne faut pas crier comm’ça! 

GIROFLÉ, avec colère et très-vite. 

Si vous croyez que ça m’amuse, 
D’être là haut recluse ; 

Mon cher papa, vraiment, 

Vous vous trompez étrangement; 



62 


GIROFLÉ-ÜIROFLÀ. 


Me laisser confinée 
Et seule abandonnée, 

Ce n’est pas pour cela 
Qu’aujourd’hui l’on me maria I 
Sans en savoir trop pour mon âge, 

Je sais bien que l’usage, 

Que l’usage n’est pas, 

D’agir ainsi dans pareil cas; 

Séparer l’époux de sa femme, 

C’est contraire au programme. 

Ce n’est pas pour cela, 
Qu’aujourd’hui l’on me marial 
(fille termine avec des cris et des trépignements. ) 

BOLÉRO. 

Ah ! cette enfant me désespère ! 

GIROFLÉ. 

Ça m’est égal. 

BOLÉRO. 

Tu vois : tu fais pleurer ton père 

GXROFLÉ. 

J’m’en moqu’pas mal! 
ENSEMBLE; 

GIROFLÉ. 

Papa 1 Papa ! 

Ça n’peut pas s’passer comm’ça. 

BOLÉRO. 

Holà! Holà 1 

Il ne faut pas crier comm’ça; 


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ACTE DEUXIÈME. 63 

BOLÉRO. 

Mais petite malheureuse!... 

CRIS AU FOND. 

Les mariées! les mariées! 

boléro, éperdu. 

Tu vois ! On appelle les mariées. 

• GIROFLÉ. 

Eh bien, j’y vais. 

boléro, la retenant. 

Girofle!... Ne fais pas ça!.... Je t’en prie!... S’ils en 
voient une, ils réclameront l’autre... 


SCÈNE VI 

Les Mêmes, AURORE. 


aurore, revenant précipitamment. 

Boléro! Boléro !... Je suis débordée!... Ils ne veulent 
plus rien entendre... (Apercevant Giroflé.) Ciel! Giroflé, 
ici !... 

BOLÉRO. 

Imagine-toi que... 

AURORE. 

Oh! mon Dieu! Vite, faisons-la disparaître... ils me 
suivent... 

BOLÉRO. 

Qui? 


Nos gendres! 

Ah! où la fourrer? 


AURORE. 

BOLÉRO. 


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64 


GIROFLÉ-GJROFLA, 


aurore, ouvrant une porte 4 droite. 
Là ! dans ce cabinet ! 

GIROFLÉ. 

Encore m’enfermer? 

boléro, la poussant. 

Allons, allons ! 

aurore, de même. 

Pas un mot ! Pas un geste ! (ils l’enferment.) 


SCÈNE YII 

BOLÉRO, AURORE, MARASQUIN, MOURZOUK 


MARASQUIN, qui est entré b temps pour voir ce qui s’est passé. 

A part. 

Qu’ai-je vu? 

aurore, se retournant. 

Marasquin ! 

boléro. 

Il était temps ! 

mourzouk, arrivant comme une trombe 
Mille yatagans ! J’en ai assez à la fin ! 

BOLÉRO ET AURORE, effrayés. 

Ah! 


MARASQUIN. 

Du calme, Mourzouk, du calme 1 

MOURZOUK. 

Vous m’ennuyez avec votre calme !... Je ne veux pas 


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ACTE DEUXIÈME. C5 

qu’on me manque ! Je ne l’ai jamais souffert et je ne le 
souffrirai jamais ! 

MARASQUIN, le calmant. 

Voyons! voyons!... 11 faut s’expliquer tout douce- 
ment... 

BOLÉRO, h part. 

Je voudrais bien m’en aller. 

AURORE, de même. 

Que leur dire? (Haut.) Qu’y a-t-il? 

mourzouk, prêt k s’élancer. 

Ce qu’il y a!... Il y a... (Marasquin le retient.) 


MARASQUIN. 

Belle-maman, il y a que nous sommes mariés depuis 
ce matin... 

MOURZOUK. 

Et que je n’entends pas m’être marié pour des 
prunes... 

marasquin, le retenant. 

Vous nous avez fait promener toute la journée... 

mourzouk, avec rage. 

Dans les terres labourées... 

MARASQUIN. 

En nous disant que nos femmes nous rejoindraient 
au dîner. 

MOURZOUK. 

Et nous sommes au dessert!... Ça traîne trop!... Je 
pars demain matin, moi! 

MARASQUIN. 


Répondez. 


6 . 



66 


f.IROFLÊ-GIROFLA. 


AURORE. 

Mon Dieu, messieurs, votre impatience est légitime, 
et je ne comprends pas que ces demoiselles... Mais je 
cours les chercher. 

boléro, vivement. 

Moi aussi ! 

aurore, essayant de les faire rentrer au fond. 

Ça sera peut-être un.peu long. 

boléro, de même. 

Leur chambre est très-loin, et... (il se trouve face k face 
avec Mourzouk et s’arrête effrayé.) 


marasquin, avec un sourire. 
Êtes-vous bien sûr qu’il faille aller si loin? 


Comment? 


AURORE, inquiète. 


MARASQUIN. 

Si l’on ouvrait tout simplement cette petite porte?... 


aurore, se mettant vivement devant la porte. 

Cette porte 1 

boléro, U part. 

11 a tout vu!... 

mourzouk. 

Par la barbe de Mahomet!... Qu’est-ce que ça signi- 
fie?... Nos femmes sont là et vous nous racontez des 
histoires... (voulant entrer.) Allons ! 


AUBORE, vivement. 

Nonlnonl... Mon gendre!... Écoutez! j’aime mieux 
tout vous dire... 


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ACTE DEUXIÈME. 


67 


MOURZOUK. 

Pas de phrases ! 


AURORE, les ramenant. , 

Mourzouk, Marasquin, je vous en prie... Mon Dieu!... 
Vous savez ce que c’est qu’une mère!... 


boléro, h part. 

Qu’est-ce qu’elle va leur conter? 

aurore. 

Mes filles sont des trésors d’innocence, de pureté... 

MARASQUIN. 

Je l’espère bien! 

MOURZOUK. 

Parbleu ! 

AURORE. 

Eh bien! dans un dîner de noce, il y a toujours des 
gens mal élevés qui profitent de la circonstance pour 
faire certaines allusions qui... (Baissant les yeux.) Vous 
savez ce que je veux dire... 


mourzouk, froidement. 


Continuez. 


aurore. 

Il y a surtout une douzaine de petits cousins... 


BOLÉRO. 

Des mauvais sujets... Vous les avez entendus : ils sont 
venus pour dire des bêtises... 

AURORE. 

Nos filles sont des fleurs,, mes amis... Nous avons 
craint pour elles toutes ces conversations malséantes et 


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68 CinOFLÉ-GIROFLA. 


nous avons décidé qu’elles dîneraient seules dans ce ca- 
binet... 


MARASQUIN ET MOURZOUK. 

Ah! 


AURORE, timidement. 

Où elles resteront jusqu’à minuit... 


boléro, approuvant énergiquement. 

Bien! très-bien! (a part.) Elle est très-forte!.., 

MOURZOUK. 

Jusqu’à minuit!,.. 


MARASQUIN. 

C’est une plaisanterie. 

BOLÉRO. 

Pas le moins du monde... Vous comprenez, à mi- 
nuit... 

mourzouk, hors de lui. 

Mille yatagans !... (il s’apprête a tirer son sabre.) 
aurore et boléro, avec un grand cri. 

Ah! 


SCÈNE VIII 

Les Mêmes, Toute la Noce ; puis Les petos cousins : 
GÜSMAN, ALMANZOR, FERNAND, etc. 

(Les rideaux du fond s’écartent et toute la noce accourt au hruit.) 

tous. 

Qu’est-cc qu’il y a?... Qu’est-ce qu’il y a? 


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ACTE DEUXIÈME. 


69 


MOURZOUK, 

Comprenez-vous qu’on nous refuse nos femmes! 


MARASQUIN. 

Et qu’on nous dit qu’on ne nous les donnera qu’à mi- 
nuit ! 


TOUS. 

Oh! 


AURORE. 

C’est notre, droit! 


MOURZOUK ET MARASQUIN. 

Permettez... (Les petits cousins qui sont entrés sur ces derniers 
mots s’interposent.) 

LES COUSINS. 

Un instant! 


AURORE, à part. 

Les petits cousins !... 


boléro, de même, 
ils vont tout envenimer. 


GUSMAN. 

Que vous empêchiez vos gendres de franchir cette 
porte, ça vous regarde.... C’est une affaire entre eux et 
vous... Mais vous allez nous Couvrir, à nous. 


aurore et boléro, bondissant. 


A vous ! 


ALMANZOR. 


Certainement. 


FERNAND. 

Il faut que nous allions détacher les jarretières des 
mariées... 


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70 GIROFLÉ-GIROFLA. 

aurore et boléro, atterrés. 

Les jarretières! 

TOUS. 

Bravo! bravo! Les jarretières des mariées!... 
boléro, h part. 

Saperlipopette ! 

aurore, de même. 

Je n’avais pas prévu celle-là? (Haut.) Je m’y oppose!... 
C’est un usage inconvenant. 

TOUS. • 

Non! non! Les jarretières! 

AURORE. 

Voyons, mes gendres, vous empêcherez... 


MARASQUIN. 

Mais pas du toutl... Comme cela vous serez bien 
forcés d’ouvrir la porte. 

mourzouk, ricanant. 

Du moment que ça vous ennuie, j’en suis! 

BOLÉRO. 

Mais c’est démodé !... Ça ne se fait plus! 

MARASQUIN. 

C’est un tort!... La cérémonie des jarretières a son 
bon côté.... 


CHANSON. 

Nos ancêtres étaient sages, 

Quoi qu’en disent bien des gens ; 
Respectons tous les usages 
Qu’on avait au bon vieux temps. 


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ACTE DEUXIÈME. 


71 


I 

Le jour de son mariage, 

Il est certain que l’époux 
Possède maint avantage, 

Qui rend les autres jaloux. 

En ôtant la jarretière, 
Heureusement chacun peut, 

De fort honnête manière, 

Se dédommager un peu 

tous (Reprise.) 

Nos ancêtres étaient sages, etc. 


II 

MARASQUIN. 

Sur la jambe souple et fine, 

Le bas bien blanc est tiré, 

On voit d’abord la bottine 
Et puis le mollet cambré. 

A l’assaut du ruban rose, 

Chacun s’élance aussitôt : 

L’époux ne devient morose 
Que si l’on trouve un défaut 

TOUS. 

Nos ancêtres... etc., etc. 

gusman, a Aurore et Boléro. . 

Vous voyez, vous n’avez rien à répondre... Je vais 
ouvrir à nos cousines. 


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72 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


AURORE. 

Non ! non! (Elle se jette devant la porte.) 

boléro, lui faisant un rempart de son corps. 

Vous ne passerez pas 1 

GUSMAN. 

De la résistance !... Enlevons le papa !... 


BOLÉRO, bas k Aurore. 

Oh! quelle idée! Vite! passe-moi tes jarretières... 


AURORE. 

Ah ! attends ! (Elle ôte ses jarretières pendant que Boléro se 
défend.) 

BOLÉRO. 


Dépêche-toi !... 

AURORE. 

Tiens !... (Elle les lui donne juste au moment où, vaincu par le 
nombre, il est entraîné.) 


LES COUSINS, enlevant Boléro. 

Victoire ! 


BOLÉRO. 

Un instant, messieurs, un instant! 


TOUS. 


Quoi l 

BOLÉRO. 

Ce n’était pas la peine de faire tant de bruit... Je les 
ai, moi, les jarretières!... 


tous, le lâchant. 

Comment ? 

BOLÉRO. 

Ah çà ! Est-ce que vous croyez que je n’avais pas prévu 
la chose? 


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ACTE DEUXIÈME. 


73 


AL'HOKE. 

11 y a longtemps que c’est fait. 

BOLÉRO. 

J’ai été un farceur aussi dans mon temps... (Agitant les 
jarretières.) Qui en veut ? 

TOUS. 

.Moi ! moi !... (ils sc les disputent. A ce moment, on entend 
le signal du bal.) Ali! le bal!... 

BOLÉRO ET AURORE. 

Enfin ! 


GALOP. 

TOUS. 

Écoutez celte musique, 

Ce refrain de bacchanal, 
Entraînant et frénétique, 
C’est la musique du bal ! 
C’est le bal I 

AURORE. 

Le bal c’est la délivrance. 


ToUS. 
C’est le bal! 


BOLÉRO. 

En avant tous pour la danse, 
Allons ! 

Venez ! dansons ! 


MARASQUIN. 

Mais, permettez, je veux ma femme 1 



GIROFLÉ-GIKOFLÀ. 


• AURORE ET ROLÉRO. 

A minuit! 

MARASQUIN ET MOURZOUK. 

C’est indigne ! c’est infâme ! 

AURORE ET BOLÉRO. 

Pas de bruit, 

A minuit! 

(Aurore se cramponne a Mourzouk, Boléro il Marasquin. Discussion 
animée entre eux sur un mouvement de galop qui les gagne et 
les entraîne malgré eux.) 

TOUS. 

En avant, à la danse 
Que chacun s'élance ! 

Sautons, dansons et tournons, 
lin avant, à la danse 
Que chacun s’élance, 

En rapides tourbillons! 

Écoutez cette musique, etc. 

(Toute la noce sort en tourbillonnant.) 


SCÈNE IX 

GIROFLE, puis BOLÉRO et AURORE, puis I’AQUlTA. 


GIROFLE, sortant du cabinet. 

Plus personne!... Us sont partis!... Tant pis, je me 
risque... Je voudrais bien savoir ce qui s’est passé... 
car enfin, c’est ennuyeux, il n’y a que moi qui n’assiste 


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ACTE DEUXIÈME. 


75 


pas à ma noce, je pourrais môme dire : à mes noces... 
Ah ! voici papa! il va me dire... 

boléro, revenant par le fond. 11 est tout essoufflé et tourne comme 

malgré lui. 

Enfin !... J’ai réussi à me débarrasser de Marasquin... 
Je l’ai installé au bufl’ef. 

GlU0Ft.fi, «liant a lui. 

Papa!... 

BOLÉRO, se laissant aller sur une. chaise et s’éventant en dansant 

encore. 

Laisse-moi tranquille!... Je n’en peux plus! 

aurore, revenant. Môme entrée que Boléro. 

Ouf! Je me suis délivrée de Mourzouk... Quel danseur 
que ce Maure !... Je l’ai laissé en tôte-à-tôte avec les vins 
fins... 

GIROFLÉ. 

Maman !... 

aurore, s’asseyant. 

Laisse-moi!... Je suis exténuée... (A Boléro.) Nous al- 
lons donc avoir quelques minutes de répit. 

boléro, se levant, il est encore pris de petits tressaillements 
nerveux. 

Oui... j'ai fait doubler le service des rafraîchisse- 
ments, et j’espère qu’à force de consommations... 

girôflÉ, h part. 

Qu’est-ce qu’ils ont donc? 

paQuita, accourant par le fond. 

Mon parrain!... Madame!... Grande nouvelle!... Pé- 
dro est revenu... Il parait qu’il a échappé aux pirates... 



76 


GIROFLÉ-GIROFLA. 

TOUS. 


Pédro!... 

PAQUITA. 

Oui! avec un bel uniforme... On l’a habille en marin... 
Il est envoyé par l’amiral Matamoros. 

TOUS. 

Par Matamoros!... 

AURORE, 

Où est-il ? 

PAQUITA. 

Le voici. (Entre Pddro en disant uniforme. Il fait le salut 
militaire.) 


SCÈNE X 

Les Mêmes, PÉDRO. 

QUINTETTE. 

PÊnno. 

Matamoros, grand capitaine, 
Bientôt va vous tirer de peine; 
Grâce à ce vaillant amiral, 

Vos affaires ne vont pas mal. 

GIROFLÉ. 

Nos affaires ne vont pas mal ! 

PÉPRO. 

Tout va rentrer dans son état normal. 


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ACTE DEUXIÈME. 


77 


GIR0FLÉ, AURORE, BOLÉRO. 

Ah ! mon bonheur est sans égal, 
Tout va rentrer dans son état normal! 


ENSEMBLE. 

Matamoros, grand capitaine, etc. 

GIROFLÊ. 

Mais Pédro, parle vite, 
Comment es-tu venu? 

AURORE ET BOLÉRO. 

Oui, fais-nous tout de suite, 
Fais-nous par le menu, 

Ce récit attendu. 

TOUS. 

Cher Pédro, parle vite, 
Comment es-tu venu? 

PÉDRO. 

[Parlé.) Écoutez, c’est toute une histoire : 

I 

Aussitôt qu’ils nous enlevèrent, 

Les pirates sur leur vaisseau, 
Malgré nos cris nous emmenèrent, 
Et levèrent l’ancre illico. 


TOUS. 

Horrible drame 1 
Ah ! c’est affreux ! 

Tous ces pirates sont des gueux ! 

7 . 


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78 


G1R0FLÉ-GIR0FLA. 


Oui. sur mon àme, 

Je le proclame, 

Tous ces pirates sont des gueux! 
pRdro. 

Vous devez aisémonl comprendre 
Combien cela nous attristait, 
Girofla pleurait à cœur fendre, 
Songeant au sort qui l’attendait! 

OIROFLÉ. 

Elle pleurait !. 

PAQUITA. 

Elle pleurait! 

AURORE ET BOLÉRO. 

Elle pleurait ! 


ENSEMBLE. 

Elle pleurait! 

Songeant au sort qui l’attendait... 

(ils s’arrêtent désolés.) 

Il 

PÉRRO. 

Mais, soudain, sur la mer immense; 

Il me semble voir, au lointain, 

Un grand navire qui s’avance, 

Et qui, vers nous, marche grand train ! 


TOUS. 

Douce espérance ! 
Je me sens mieux! 


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ACTE DEUXIÈME. 


79 


Douce espérance ! 

Présage heureux ! 

Ceci, je pense, 

Ah! quelle chance! 

Est pour nous un présage heureux! 

pédro. 

Alors, je me jette à la nage, 

Et je disparais promptement, 

Tout en nageant, avec courage, 

Vers le vaisseau me dirigeant. 

GIBOFLÉ. 

Tout en nageant. 

TA O CITA. 

Tout en nageant. 

AURORE ET BOLÉRO. 

Tout en nageant. 

ENSEMBLE. 

Tout en nageant 
Vers le vaisseau j ^ | dirigeant. 

(ils s’arrêtent fatigués.) 

PEDRO. 

En arrivant, ô joie extrême 
Je reconnus... 

BOLÉRO. 

N’en dis pas plus! 

Tu reconnus?... 

TOUS. 

Matamoros!... 


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80 


GJROFLÉ-GIROFU. 


PÉDRO. 

Lui-mème! 

REPRISE DE L’ENSEMBLE. 

Matamoros, grand capitaine, etc. 

aurore, k Pddro. 

Alors, les pirates? 

PÉDRO. 

A l'heure qu’il est, Matamoros les a rejoints, et leur 
barre le passage. Lorsque vous entendrez le canon, c’est 
que la bataille sera engagée... 

aurore, avec joie. 

C’est-à-dire gagnée... 


Parbleu!... 


BOLÉRO. 


PÉDRO. 

Avant une heure, votre fille sera dans vos bras. 


aurore, dmue. 

Avant une heure... Boléro!... 


boléro, essuyant une larme. 

Aurore!... (Embrassant Aurore et Girofld.) Ah! ma femme! 
mon enfant!... embrassons-nous!... 


Pédro! 


paquita, en même temps. 


PÉDRO. 

Paquita!... (ils s’embrassent aussi.) 


boléro, tenant toujours Aurore et Girofld dans ses bras. 
Tableau! (ils sesdparcnt.) Ah! ça fait du bien, la joie!... 


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ACTE DEUXIÈME. 


81 


AURORE. 

Enfin! nous voilà sauvés!.. Mais pourquoi n’a-t-il pas 
déjà attaqué? 

PÉDRO. 

Il attend encore quelque chose. C’est même en grande 
partie pour cela qu’il m’a envoyé ici. 


BOLÉRO. 


Quoi donc? 

PÉDRO. 

Voici ce que c’est : vous lui avez promis une prime de 
dix mille piastres s’il vous ramène votre fille. 


BOLÉRO. 

Oh! pour ce qui est de la lui promettre, nous la lui 
promettons toujours... 

PÉDRO. 

C’est qu’il ne l’entend pas tout à fait comme ça... Il 
préfère la toucher tout de suite. 

BOLÉRO. 

Comment, avant? » 

PÉDRO. 

Il dit que c’est plus sfir. 

TOUS. 

Oh! 

PÉDRO. 

Il m’a chargé de venir chercher les fonds, et ne com- 
mencera rien avant de les avoir reçus, (il remonte avec Pa- 
quita.) 

AURORE, passant. 

Nous sommes pincés!... Il faut payer... 


BOLÉRO. 

Sapristi!... Dix mille piastres!... C’est corsé!.. 


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82 


G1R0FLÉ-G1R0FLA. 


AURORE. 

Oui, mais nous no pouvons pas faire autrement. Et 
puis, voulez-vous que je vous dise? ça prouve que Mata- 
mores est un malin... Et ça doit doubler notre con- 
fiance en lui. 

BOLÉRO. 

Tu as raison... (a prfdro.) Viens avec nous, nous allons 
te donner la somme. 

AURORE, U Girofld. 

Quant à loi, ne bouge pas d'ici. 

BOLÉRO. 

Et surtout ne t’aventure pas dans le bal. 

f.IROFLÉ. 

Oh ! par exemple !... 

AURORE. 

Jusqu'à ce que nous ayons entendu le canon, il faut 
ôtre très-prudents... 

f.IROFLÉ. 

* Mais... 

AURORE. 

Pas un mol de plus!... Et nous, en route! 

BOLÉRO. 

Passons à la caisse ! 

(Musique. Aurore et Boléro sortent suivis de Pédro et de Paquita.) 


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ACTE DEUXIÈME. 


83 


SCÈNE XI 

GMOFLÉ , seule. 

Comme c’est gai de rester seule ici quand tout le 
monde s’amuse là-bas... (regardant au fond) S’en donnent- 
ils, mon Dieu!... Ils tournent, ils sautent!... Il y en a 
deux surtout!... Ah! mais je ne me trompe pas! ce sont 
mes deux maris... (Riant.) Ils dansent ensemble... On 
voit bien qu’on a doublé les rafraîchissements... (Revenant 
en scène.) Allons, tous ces gens-là n’ont guère envie de 
songera moi pour le moment, et, ma foi, comme je n'ai 
pas dîné, je vais... (Allant U un buffet.) Voilà justement 
du pâté, de la volaille et une bouteille de porto à peine 
entamée... (Elle se verse et boit.) 11 est bon, le porto à 
papa... A table... et réparons le temps perdu... 

(Elle s’installe it une petite table et se met a manger.) 


SCÈNE XII 

GIltüFLÉ, les Petits cousins. 

(Musique de scène. Les petits cousins paraissent au fond 
avec précaution.) 

GU3MAN. 

Chut! 

tous. 

Chut ! 

gusman, bas aux autres. 

Qu’est-cc que nous disions tout à l’heure ? qu’il fau 



84 GIROFLÉ-GIROFLA. 

(Irait trouver une bonne farce pour bien faire rire tout 
le monde. 

TOUS. 

Oui! oui! 

GUSMAN. 

J’ai notre affaire. 

TOUS. 

Ah! 

GUSMAN. 

Nous allons griser les mariées! 


Bravo ! 


TOCS. 


GUSMAN. 


En voici une... Attention!... 


(ils s’approchent tout doucement et entourent Girofle*.) 


MORCEAU D’ENSEMBLE 

GUSMAN. 

Bon appétit, belle cousine ! 

GMOFJ.É, se levant. 

Mes cousins!... 

t 

GUSMAN, la retenant. 

Ne vous dérangez pas. 
De nous voir êtes-vous chagrine? 
Terminez donc votre repas. 

G1ROFLÉ. 

Mais si papa savait... 

GUSMAN. 

Ma cousine, 


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ACTE DEUXIÈME. 

Mangez donc ! 

* Buvez donc! 

GIROFLÉ. 

Mais si maman voyait... 

TOCS. 

Ma cousine, 

Buvez donc! 

Mangez donc! 

girofle, descendant. 

Ah ! que c'est bon ! 

Ah ! que c’est bon ! 

De manger et de boire 
Auprès de ses petits cousins. 

G U SM AN, bas aux autres. 

Achevons la victoire, 

Et soyons très-malins. 

(llaut.) 

Qu’on allume le punch ! 

GIIIOFLÉ. 

Du punch! 

GUSMAN. 

Cela termine 

Le mieux du monde un bon repas. 

GWOFLÉ. 

Non! non! je ne veux pas! 

TOUS. 

11 le faut, ma cousine. 


8 



ACTE DEUXIÈME. 


87 


TOUS. 

Le punch scintille, etc. 

I! 

GlROFI.lt. 

Déjà la flamme enchanteresse 
Pénètre dans nos sens ravis; 

Par une aimable et douce ivresse, 

Déjà nos cœurs sont envahis; 

A ses charmes qu’on s’abandonne, 

Elle nous prend notre raison; 

Mais, en échange, elle nous donne 
L’amour, le rire et la chanson ! 

TOUS. 

Le punch scintille, etc. 
gusman, bas. 

Ça y est !.. . Elle est lancée !... 

giroflé, étourdie. 

C’est curieux ! Vous ne trouvez pas qu’il fait un peu 
chaud ici... Je vais ouvrir la fenêtre. (Elle va ti la fenêtre et 
l’ouvre.) 

GUSMAN, bas. 

Maintenant, autre chose... (naut.) Si vous voulez, nous 
allons organiser là-haut une sauterie en petit comité. 


Oui! oui! 


TOUS. 


girofle, revenant. 

Une sauterie en petit comité!... On s’amusera! 

TOUS. 

Naturellement ! 


* 


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88 


GIROFLÉ-GIROKLA. 


GIROFLË. 

Oh ! alors, j’en suis ! 

Gl’SMAN, bas. 

Comme cela, on ne la trouvera plus au moment 
capital... 

FERNAND, de même. 

Bravo!... la farce sera complète. (Haut.) En roule! 

GIROFLÉ. 

Et maman qui m’avait dit... Bah! en route!... 

(Elle prend le bras de Fernand.) 


GL'SMA.N. 

Enlevée la mariée !... 


(Deux des petits cousins éteignent les lumières. Ils sortent tous 
par la droite. Musique de scène.) 


SCÈNE XIII 

AURORE, BOL1ÎRO. 

AUnonE, revenant par la gauche avec Boléro. 

Enfin!... Pédro est parti avec les dix mille piastres. 

BOLÉRO. 

Bientôt nous entendrons le canon... Je respire mieux. 

AURORE, avec étonnement. 

Comment! tout est éteint ici? 

BOLÉRO, inquiet. 

Mais, oui... 


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ACTE DEUXIÈME. 

AURORE. 

Qu’est-ce que ça veut dire? (Appelant.) Giroflé! 


89 


boléro, de même. 
AURORE. 
BOLÉRO. 


Giroflé!... 

Pas de réponse ! 

Oh! 

AURORE. 

Vite! Boléro, de la lumière!... 

BOLÉRO. 

Je cours en chercher! (il sort comme un fou.) 

AURORE. 

Mon Dieu! j’ai peur! (Appelant encore.) Giroflé!... 
BOLÉRO, revenant avec de la lumière. 

Eh bien? 

AURORE, regardant dans le cabinet. 

Elle n’est pas là! 

BOLÉRO. 

Je sens une sueur froide! (il court h droite et appelle. 
Giroflé!... Rien!... 

aurore, apercevant la fenêtre ouverte. 

Ah! la fenêtre ouverte!... Cette obscurité!... Boléro! 
on nous a pris notre autre fille!... 

BOLÉRO. 

Grand Dieu! encore une! 


AURORE. 

Mais, oui! ces coupes!... ce punch encore brûlant... 
Les misérables! ils ont fait une orgie avant de s’en 
aller!., 

8 . 


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90 

GIROFLÉ-GIROFLA. 


BOLÉRO. 

Qui? 

AURORE. 

Qui?.. 

. Vous le demandez!... Les pirates 


BOLÉRO. 

Les pirates!... niais c'est donc une manie! Non! ce 
n’est pas possible!... Puisqu'ils sont cernes par Mata- 
mores... 

AURORE. 

Eli ! il n’y a pas que ceux-là ! 

BOLERO. 

C’est vrai... le pays en est plein... Girofle aura été 
enlevée par une concurrence... 

AURORE. 

Nous n’avons plus de fille du tout!... 

BOLÉRO, avec désespoir. 

Oh!... 

AURORE. 

Au moment où tout semblait fini !... 

BOLÉRO. 

Dire que ce matin j’étais le père de deux filles !... Et 
maintenant, je ne suis plus le père de rien du tout. 

AURORE. 

Et l’heure fatale approche... Minuit va sonner... 

(On entend sonner minuit.) 

BOLÉRO. 

Ali 1 

AURORE. 

Ça y est!... (Murmure au dehors.) 

BOLÉRO. 

Et les voici tous !..: Ils sont complètement gris !... 


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ACTE DEUXIÈME. 


91 


. SCÈNE XÏY 

Les Mêmes, La Noce, MARASQUIN, MOURZOUK, 
puis PAQUITA. 

(Tous les invités arrivent tenant des verres et des bouteilles. — 
Us sont dans un état d’ébriété assez marqué.) 

FINAL. 

CHŒUR. 

Ah ! qu’il est bon, 

Qu’il est donc bon, 

Le vin que l’on 
Boit dans votre maison ; 

Vive ce vin, 

Ce vin divin, 

Breuvage fin, 

Qui nous met tous en train ! 

(Entrent Marasquin et Mourzouk appuyés l’un sur l’autre.) 

MARASQUIN, MOURZOUK ET I,E CHŒUR. 

Ah ! qu’il est bon, 

Qu’il est donc bon, 

Le vin que l’on 
Boit dans votre maison ! 

MARASQUIN. 

Vous savez, beau-père, 

Ce dont il s’agit ! 

L’heure du mystère 
Ici retentit, 

Et voici minuit ! 


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92 


GIROFLÉ-GIROFIÀ. 


MOURZOUK. 

Vous savez, beau-père, etc. 

TOUS. 

Minuit ! 

AURORE ET BOLÉRO. 

Hélas! minuit! 


REPRISE. 

Ah ! qu’il est bon, etc. 

(Éclats de rire dans la coulisse.) 

TOUS. 

Qu’est-ce que cela ? 

Qu’y a-t-il par là ? 

paquita, accourant par la droite, h Aurore. 
Ah ! madame ! 

AURORE. 

Paquita ! 

PAQUITA. 

Si vous saviez? 

AURORE. 

Quoi ? 

PAQUITA. 

La voilà ! 

AURORE. 

Qui ça? 

BOLÉRO. 

Qui ça? 

PAQUITA. 

Girofle ! Mais dans quel état! 


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ACTE DEUXIÈME. 


93 


AURORE ET BOLERO. 

Girofle !... C’est toujours cela ! 


SCÈNE XV 

Les MEmes, Les Cousins, GIROFLÉ. 

LES COUSINS, accourant en riant. 

Ah ! ah ! la voici ! la voici ! 

Nous pouvons rire, 

Nous pouvons dire 

Que pour un tour, un tour bien réussi... 

Notre tour est bien réussi ! 

girofle, entrant en riant aussi. 

Ah ! ah ! me voici ! me voici ! 

C’est bon de rire, 

Et l’on peut dire, 

Que l’on s’amuse bien ici. 

Oui l’on s’amuse bien ici ! 

TOUS. 

Ah ! ah ! la mariée aussi, etc. 

aurore, k Boléro. 

Mon embarras redouble, 

Comment sortir de là? 

BOLÉRO. 

Courage ! Ils sont tous gris ! s’ils pouvaient la voir double ! 


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G1ROFLÊ-GIROFLA. 

MARASQUIN. 

C’est Girofle ! 


MOURZOUK. 

C’est Girofla ! 

LE CHŒUR. 

Girofle! Girofla ! 

MARASQUIN kt mourzouk, chacun d’un côté de Girofle. 


AMIANTE. 

O Girolle! ) ,. 

. ... 1 fleur d innocence, 

O Girofla! ) 

Vers toi mon cœur s’élance, 

Le voilà donc enfin venu 
Le moment attendu. 

I 

MARASQUIN, attirant Giroflé k lui, 
Girofle ! 

MOURZOUK, môme jeu de l’autre côté. 
Girofla ! 

(Ensemble.) 

Enfin, te voilà ! 

le chœur, riant. 

Girofle ! Girofla ! 

(On entend un coup de canon dans la coulisse.) 

Iioléro, avec joie. 

Ah ! le canon ! 

AURORE. 

Le canon ! 


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ACTE DEUXIÈME. 


TOUS. 

Le canon ! 

C’est le' canon ! 

Pourquoi donc 
Tire-t-on 
Le canon ? 

(Second coup de canon.) 

aurore ET BOLÉRO, avec une joie folle. 
La victoire est à nous ! 

TOUS. 

Mais ils deviennent fous ! 

(Nouveau coup de canon.) 

boléro, exécutant un* pas. 

Le canon ! 

C’est le canon, etc. 

BOLÉRO, transporté. 

Dans mes bras, mes gendres ! 
Dans mes bras, tous deux ! 

Vos épouses tendres 
Vont combler vos vœux. 

TOUS. 

Dans leurs bras, leurs gendres ! 
Dans leurs bras, tous deux 
Vos épouses tendres 
Vont combler vos vœux. 

AURORE. 

Dans votre appartement, 
Rendez-vous promptement, 

On va vous les conduire. 

BOLÉRO. 

On va vous les conduire ! 



9G 


G1R0FLÉ-GIR0FLA. 


MARASQUIN F.T MOURZOUK. 

O bonheur ! ô délire ! 

On va nous les conduire ! 

(Nouveaux coups de cauon.) 

REPRISE. 

Le canon ! 

C’est le canon, etc. 

(Marasquin, conduit par Aurore, entre U droite. — Mourzouk, 
conduit par Boléro, entre U gauclic.) 


SCÈNE XVI 

Les Mêmes, moins MOURZOUK et MARASQUIN, 
puis PÉDRO. 


îvilton.fi, se disposant a rejoindre Marasquin. 
A mon tour, à présent ! 

AURORE, l’arrêtant. 

Un instant, 

Mon enfant. 


GIROFI.fi. 

Mais maman, 
11 m’attend. 


BOLÉRO. 

Un instant ! 

Laisse arriver ta sœur auparavant. 

(Forte ii l’orchestre. — Fédro parait au fond.) 


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ACTE DEUXIÈME. 


97 


AURORE. 

Ah ! Pedro ! 

BOLÉRO. 

Pédro ! C’est la bonne nouvelle ! 

» AURORE. 

Parle au plus tôt, 

O messager fidèle ! 

l’ÉDIto, tout liors d’haleine, leur tendant une lettre. 

Lisez ! je ne puis dire un mot ! 

boléro (parlé), sur un trémolo. 

Une dépêche de Matamoros ! (il l’ouvre fièvreusement et 
lit.) « Reçu pile épouvantable... Pirates partis avec fille 
pour sérail Constantinople... » (chancelant.) Reçu pile 
épouvantable!... Et nous qui avons paye la prime 
d avance ! (Le chant reprend.) 

AURORE. 

Miséricorde ! Je suis morte ! 

BOLÉRO. 

Moi je suis mort également! 

Marasquin, ouvrant sa porte. 

Belle-maman ! 

AURORE, affolée, courant a lui. 

Un instant! 

GlROFLÉ, voulant passer. 

Mais maman, 

II m’attend ! 


AURORE, 

Un instant! 


9 



98 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


GIROFLÉ, très-pressée. 

Mais maman, 

11 m’altend ! 

(La porte se ferme. — A ce moment, celle de Mourzouk s’ouvre 
et celui-ci paraît.) 

MOURZOUK. 

Beau-père ! 

marasquin*, même jeu. 

Belle-maman ! 

mourzouk, criant. 

Ah ! ça ! Beau-père ! 

AURORE, il Boléro. 

Vite ! fermez la porte ! 

(il dorme un tour de clef. — Pendant ce temps, Girofle s'échappe cl 
court a la chambre de Marasquin. Aurore veut la rattraper. La porte 
se referme.) 

AURORE F.T BOLÉRO. 

Dieu puissant 1 

(ils se laissent tomber dans les bras 1 un de l’autre. — On entend il 
droite Mourzouk qui frappe il coups redoublés. — Toute la noce 
entoure Boléro et Aurore.) 

REPRISÉ. 

Ah! qu'il est bon, etc. 

FIN BU DEUXIÈME ACTE. 


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ACTE TROISIÈME 


Le théâtre représente un granit salon d’été ouvert au fond sur une 
galerie à jour, d’où l’on aperçoit la nier. — Fleurs et plantes 
dans la galerie. — A droite et à gauche, en pan coupé, portes 
fermées par des portières. 


SCÈNE PREMIÈRE 

Les Chœurs; puis PAQU1TA et PEDRO. 

(Au lever du rideau demi-obscurité. — Les rideaux du salon 
sont fermés.) 


CHŒUR, dans la coulisse. 

Voici le matin, 

Des feux de l’aurore 
Le ciel se colore, 

Et le soleil dore 
Un doux lendemain. 


PAyuiTA, entrant par le fond avec Pédro. 
Ohé ! ohé ! les amoureux ! 
Réveillez-vous, ouvrez les yeux! 

Car le soleil vient de paraître. 



100 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


pédro. 

Écartez vite vos rideaux, 

Et laissez entrer à longs flots 
Le jour qui frappe à la fenêtre ! 

(Us ouvrent les rideaux. — Le théâtre se trouve éclaiié 
et les chœurs entrent en seénc.) 

RKPRISK. 

Voici le matin, etc. 

(sortie du choeur.) 

PAQUITA, apportant avec l'édro un petit guéridon qu’ils placent â 

gauche. 

.Maintenant ne perdons pas une minute et dressons la 
table... Quand les jeunes époux vont se lever, ils ne se- 
ront sans doute pas fâchés de trouver leur petit déjeuner. 
(Us mettent le couvert.) 

pédro, montrant la droite. 

Ah ! comme on doit être heureux ici. 

PAQUITA , montrant la gauche. 

Oui, mais là-bas! Il ne doit pas être content le 
Maure... 

PÉDRO. 

Dame!... Après une nuit de noces pareille... 


PAQUITA. 

Sans compter que mon parrain et madame Aurore 
n’ont pas fermé l’œil... 

PÉDRO. 

Je comprends ça !... mais bah!... L'important, ma 
petite Paquita, c’est que me voilà revenu près de toi 
pour ne plus te quitter. 


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ACTE TROISIÈME. iOt 

PAQUITA. 

Oui... Seulement, tous ces événemenls-là n’avancent 
guère notre mariage. 

PÉDRO. 

C’est vrai... il serait pourtant bien temps... 

PAQUITA, soupirant. 

Oh! oui! 

pêdro, avec amour. 

Ma chère Paquita!... 

PAQUITA. 

Silence!... J’entends madame Girofle et son mari... 
Sauvons-nous bien vite, nous serions de trop! 

(ils sortent.) 


SCÈNE II 

GIROFLÉ, MARASQUIN. 


giroflé, a Marasquin qui la tient par la taille. 
Voyons! finissez!... 

MARASQUIN. 

Non! enoore un baiser!... je t’en prie... 


GIROFLÉ. 

Eh bien! soit!... mais le dernier. 


MARASQUIN, l’embrassant. 

O ma petite Giroflé!... (il veut l’embrasser encore.) 


C’est assez! 


G1R0FI.É. 


9 . 


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102 


GIROFLÉ-G1ROFLA. 

MARASQUIN. 

GlROFl.fi, essayant de se dégager. 
MARASQUIN. 


Encore un ! 

Voyons ! 

Le dernier! 

GIROFLfi. 

Mais c’était déjà le dernier tout à l’heure. 

MARASQUIN. 

Eh bien! ce sera encore le dernier cette fois-ci. (il l'em- 
brasse.) Ma petite Girofle, dis-moi que tu m’aimes. 

GIROFI.fi. 

Mais... 

MARASQUIN. 

Dis-moi que tu m’aimes!.. 

GIROFLfi. 

Mais je vous l’ai déjà dit... Que vous ôtes bête!... 


MARASQUIN. 

Vous!... D’abord, je veux que tu me tutoies... Tu le 
peux, va... maintenant... 

GIROFI.fi., 

Eh bien!... Tu es bête!... 

marasquin, avec ivresse. 

Est-elle gentille!... (Apercevant la table servie.) Ah! 
mais... Le déjeuner qui est (servi !... Voilà une bonne 
idée!... Vite à table... Nous allons faire la dînette 
tous les deux!... 

(ils s’asseyent.) 


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ACTE TROISIÈME. 


103 


DUO. 


ENSEMBLE, 

En tête-à-tête 
Faire la dînette, 

M'être que nous deux 
Est-il rien de mieux ? 

. GIROFLÉ. 

Voyons ! 

Mangeons ! 

MARASQUIN. 

Mangeons ! 

(Voulant l’attirer 1» lui.) 
Chère petite femme ! 

GIROFLÉ, se défendant. 
Non! laissez-moi! 


MARASQUIN. 

Comme vous êtes loin, madame! 
Approche-toi ! 

GIROFLÉ. 

Pourquoi ? 

MARASQUIN. 

Viens près de moi, 

Je te dirai pourquoi. 

GIROFLÉ. 

Tu me diras pourquoi? 


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104 


CIROFLÉ-GÏROFLA. 


MARASQUIN. 

Approche-toi. 

(Elle approche sa chaise. Il l’embrasse. 
Voilà! voilà pourquoi ! 

(Elle se lève vivement. Il l’imite.) 

ENSEMBLE. 

En tète-à-lèle, etc. 

GIROFLÉ. 

C’est charmant, 

Mais vraiment 

A ce jeu-là nous ne mangerons guère. 

MARASQUIN. 

Bah ! nous avons bien autre chose à faire. 

GIROFLÉ. 

Que faire alors? 

MARASQUIN. 

Causons. 

GIROFLÉ. 

De quoi? 

MARASQUIN. 

De nous, de toi, de. moi, 

De celte nuit charmante... 

GIROFLÉ. 

Ah 1 taisez-vous... 

MARASQUIN. 

Méchante ! 

Tu ne veux plus t’en souvenir. 


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ACTE TROISIÈME, 


105 


OIROFLÉ. 

Vous voulez trop y revenir! 

(Marasquin la prend par la main et l’amène sur le devant de la scène.) 


MARASQUIN. 

I 

En entrant dans notre chambreltc, 
On entendait battre ton cœur. 

girofle. 

J’avais bien peur. 

MARASQUIN. 

Tu baissais les yeux et la tète, 

Pour dissimuler ta rougeur. 

GIROFLÉ. 

J’avais bien peur! 

MARASQUIN. 

Alors d'une main indiscrète, 

J’ôlai ton voile protecteur. 

GIROFI.fi. 

J’avais bien peur ! 

MARASQUIN. 

La lampe éclairait la chambreltc, 
Je l’éteignis comme un voleur. 

GlROFI.fi. 

J’avais bien peur ! 

ENSEMBLE. 

Nuit charmante, 

Souvenir 
Qui m’enchante 
De plaisir ! 


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106 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


II 

MARASQUIN. v 

Une heure après, change la scène, 
On n’enlend plus battre ion cœur. 

GIROFLÉ. 

J’ai bien moins peur. 

MARASQUIN. 

Maintenant plus de crainte vainc, 
Sur ton front aucune rougeur. 

GIROFLÉ. 

J’ai bien moins peur. 

MARASQUIN. 

Ta main s’abandonne à la mienne, 
Dans tes yeux je lis le bonheur. 

GIROFLÉ. 

Je n’ai plufe peur. 

MARASQUIN. 

lit la lampe, sans nulle gène, 

De nouveau répand sa lueur. 

GIROFLÉ. 

Je n’ai plus peur ! 

ENSEMBLE. 

Nuit charmante, etc. 


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ACTE TROISIÈME. 


107 


SCÈNE III 

Les Mêmes, AUROHE, BOLÉRO. 


AURORE, au fond, avec Boléro. 

Les voici!... Venez, Boléro. 

marasquin, avec effusion courant U eux. 

Ah! beau-père!... belle-maman!... Merci! merci! 

aurore, d’un ton glacial. 

Mon gendre!... 


MARASQUIN, retournant ii Girofld. 

Si vous saviez comme elle est gentille!... 

aurore, avec gravité. 

Il ne s’agit pas de ça ! 


Comment ! 


MARASQUIN, étonné. 


AURORE. 

Marasquin, nous avons à vous parler. 


boléro, du même ton. 
De choses sérieuses!... 


MARASQUIN. 

Bon Dieu ! de quel air vous me dites ça! 


AURORE. 

Mon gendre, nous vous devons des explications. Hier* 
la femme de Mourzouk a clé enlevée oar les pirates. 


Enlevée !... 


MARASQUIN. 


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108 


G1ROFLÉ-GIROFLA. 


GIROFLÉ. 

Mais puisque Matamoros l’a ramenée... 

AURORE. 

Oui... Il nous l'avait promis... 


BOLÉRO, 

Il nous avait dit : Quand vous entendrez le canon, 
c’est que ça y sera. 

MARASQUIN. 

Le canon!... C’est donc ça... Je me disais aussi: 
pourquoi tire-l-on le canon?... 


Eh bien?... 


G1ROFLÉ. 


BOLÉRO. 

Eh bien!... Ça n’y était pas!... (Tiraut la dépêche.) Reçu 
pile épouvantable... 


Oh! 


GinOFLÉ ET MARASQUIN. 
MARASQUIN. 


Eh bien, et Mourzouk? 


AURORE. 

Nous n’avons eu que le lcrïfps de l’enfermer dans sa 
chambre, où il est resté toute la nuit, tout seul. 

MARASQUIN, riant. 

Ah ! ce-pauvrc Mourzouk ! 

AURORE. 

Ne riez pas, Marasquin!... 

BOLÉRO. 

Ce matin, quand nousnous sommes risqués à regarder 
dans sa chambre, il n’y était plus. 


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ACTE TROISIÈME. 

MARASQUIN ET GIROFLÉ. 


109 


Oh! 

BOLÉRO. 

Tous les meubles brisés !... Les barreaux de sa fenêtre 
tordus et descellés... Et lui, en liberté, fou, furieux, sau- 
vage, enragé! 

marasquin, riant. 

Ah ! ah 1 ah !... 

BOLÉRO. 

Ne riez pas, Marasquin!... 


aurore, passant. 

Je vous l’ai dit, la situation est grave... mais elle n’est 
pas désespérée 1... Boléro et moi, c’est-à-dire moi et 
Boléro, nous l’avons froidement envisagée, et nous 
avons notre plan... 

marasquin. 

Ah ! 

AURORE. 

Mon Dieu! le moyen est bien simple... Il y a une 
chose qui nous a déjà servi et qui pourra bien encore 
une fois nous tirer d’affaire. 


Laquelle? 


MARASQUIN. 


AURORE. 

La ressemblance de Giroflé avec sa sœur. 


BOLÉRO. 

C’est vrai, on n’aura qu’à lui dire... 


Comment ! 


GIROFLÉ. 


MARASQUIN. 

Par exemple!... Est-ce que vous vous imaginez que je 
consentirai à ce que ma femme?... 


10 



110 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


AURORE. 

Nous serons là ! 

girofle. 

Je ne veux pas I 

ROLÉRO, bas. 

Tais-toi donc, toi!... Si tu nous mets des bâtons dans 
les roues !... (a Marasquin.) Marasquin, mon ami, songez 
qu’il y va de ma tète ! 


MARASQUIN. 

Je vous trouve superbe!... 11 y va encore bien plus 
de la mienne. 


AURORE ET BOLÉRO, le suppliant. 
Voyous, mon gendre ! 

MARASQUIN. 

Non! non!... C’est inutile... 


HONÜËAJJ. 

beau-père, une telle demande 
A quelque chose d’inquiétant, 

Et la prudence me commande 
De réfléchir auparavant. 

On se prête son parapluie, 

Son pardessus ou bien ses gants, 
Souvent même ça vous ennuie, 
Mais comment refuser aux gens? 
On se prête sans nulle peine 
Une montre ou bien des bijoux, 
Quand on se trouve dans la gène, 
On se prèle même cent sous. 


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ACTE TROISIÈME. 


111 


— Pour les choses possibles, dame, 
S’obliger est tout naturel, 

Mais on ne prête pas sa femme. 

C’est un objet trop personnel. 

.Beau-père, une telle demande, etc. 

AURORE. 

.Voyons! voyons! Marasquin... Vous allez trop loin... 
Il ne faut rien exagérer : la chose a beaucoup moins 
d’importance que vous ne lui en donnez... Vous oubliez 
que Mourzouk doit partir ce matin même pour une 
expédition... 

BOLÉRO. 

Sans emmener sa femme. 


AURORE. 

Eh bien ! nous lui montrons Girofle, il lui dit adieu, 
et nous l’emballons illico. 


Voilà tout. 


BOLÉRO. 


AURORE. 

Pendant ce temps, Matamoros qui s’est remis à la 
poursuite des pirates... 


BOLÉRO. 

Matamoros, l’invincible amiral ! 

MARASQUIN. 

Oh ! invincible ! 

AURORE. 

Matamoros leur reprend Girofla et, à son retour, 
Mourzouk retrouve tout comme s’il ne s’étqit rien passé. 
Hein? C’est convenu? 



m GlItOKtÊ-GlKOFLA. 


MARASQUIN ET GIBOFLÉ. 

Mais... 

AURORE, h Marasquin. 

Puisque vous serez là ! 


BOLÉRO. 


El nous aussi !... 

AURORE. 

Je cours tout préparer pour son départ... Vous, restez 
ici et recevez-le. (Elle sort.) 


marasquin, voulant courir après elle. 
Mais, permettez!... 

BOLÉRO. 

Si! si!... c’est convenu... 


GIROFLÊ. 

Bah !... Après tout, il ne me fait pas peur... 


MARASQUIN. 

Oui... mais il me fait peur, à moi... Un homme qui a 
été enfermé... 

BOLÉRO. 

Ah! le voici.. . Et je suis seul pour supporter le choc. 

MARASQUIN. 

11 doit être dans une fureur!... 

boléro, se raffermissant. 

Du courage !. .. 


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■ ACTE TROISIÈME. 


113 


SCÈNE IV 

Les Mêmes, MOURZOUK. 

(Mourzouk entre. Ses cheveux sont hérissés, mais on voit qu’il se 
contient. Il va droit il Boléro. 


mourzouk, très-froid. 

Vous vous attendez à des violences... non!... J’ai 
beaucoup cassé ce matin pour me calmer... Je suis 
rassis... 

boléro, a part. 

Oh ! il me fait encore plus peur comme ça. 

MOURZOUK. 

Il est probable que vous avez quelques explications à 
me fournir... Je les attends, (il s’asseoit.) 

MARASQUIN, bas h Giroflé. 

Il a l’œil mauvais... 

boléro, a part, très-troublé. 

Décidément, je l’aime mieux violent... 


MOURZOUK. 

Je vous écoute... 


boléro, très-ému. 

Mourzouk, ce que je vais vous dire vous paraîtra peut- 
être un peu invraisemblable... Moi, ort me le dirait, que 
je ne le croirais pas... Pourtant, c’est la vérité même... 
(a Marasquin et h Giroflé.) iVesl-ce pas? 


MARASQUIN ET GIROFLÉ. 

Oui ! oui ! 


10 . 


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. 114 


GIROFLÉ-GIROFLA. ' 


MAnASQUlN, h part. 

Qu’ost-cc qu’il va lui raconter?... 

MOURZOUK. 

Eh bien ?... 

• BOLÉRO. 

Voici la chose... (a part.) Que lui dire?... (Haut.) Hier, 
au moment où je vous amenais votre épouse... (s’inter- 
rompant.) Ah! mon ami!...- qu’elle était belle sous sa 
robe immaculée !... 

MOURZOUK, sentant des fourmis. 

Bien ! bien !... 

BOLÉRO. 

Je me disais : Oh! Mourzouk!... Mourzouk!... 

mourzouk, de même. 

C’est bon!... Passez!... 

BOLÉRO. 

Tout à coup... L’émotion, la chaleur, je ne sais... 
Je la vois pâlir... Ah! mon Dieu!,.. Elle se trouve 
mal!... Vite! des sels! du vinaigre!... Aurore me crie: 
mettez-lui une clef dans le dos !... Je ne fais ni une 
ni deux!... Je saute sur votre porte, je retire la clef, 
et... au bout de quelques instants, elle revenait à elle... 

MOURZOUK, avec soulagement. 

Ah!... 

BOLÉRO. 

Seulement, en retirant la clef, sans y faire atten- 
tion, j’avais donné un tour... Quand j’ai voulu vous 
ouvrir, impossible... Plus de clef!... Je ne savais pas 
ce qu’elle était devenue... Et tous les serruriers étaient^ 
couchés... 


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ACTE TROISIÈME. 


115 


MOURZOUK, 

Mais permettez... 

boléro, h part. 

Il discute !... je suis flambé... (Haut, vivement) La mau- 
dite clef avait glissé, et... on ne l’a retrouvée que ce 
matin... n’est-ce pas, Girofla?... 

GIROFI.É. 

Oui, papa.' 

MOURZOUK. 

Girofla !... C’est Girofla!... 

BOLÉRO. 

Mais oui !... (a part) Ouf!... 

MOURZOUK. 

Et vous ne le dites pas !... (a Marasquin.) Je croyais que 
c’était votre femme, moi... 

boléro, vivement. 

Sa femme !... Chut !... 

TOUS. 

Chut !... 

BOLÉRO. 

Elle dort!... 

MOURZOUK, riant. 

Ah ! bah!... Encore !... (il lutine Marasquin qui lui échappe 
avec humeur.) 

MARASQUIN, bas U Boléro. 

Beau-père, vous savez que ça m’ennuie. 

BOLÉRO. 

Silence ! 


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116 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


mourzouk, qui contemplo Giroflé. 

Mais, c’est vrai, qu’elle est un peu pâlotte... 


Parbleu ! . . . 


marasquin, entre ses dents. 

MOURZOUK. 


Vous dites?... 

MARASQUIN. 

Rien!... (Boléro cherche h l’éloigner.) 


MOURZOUK, prenant la main de Giroflé. 

Pauvre petite femme... Mais ce n’est rien... ça se 
passera... 


marasquin, échappant a Boléro, vivement. 
Seulement, il y a un malheur... c’est que vous allez 
partir, (il entraîne Mourzouk.) 


MOURZOUK. 

Ah ! sapristi !... c’est vrai !... mais rien ne presse... 

MARASQUIN. 

Au contraire! vous n’avez que le temps. 

BOLÉRO. 

Vous avez dit que c’était pour midi. 


MARASQUIN. 

Et il est midi passé ! 


Mais... 


mourzouk, luttant. 


MARASQUIN. 

Si! si! dépôchez-vous! 


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ACTE TROISIÈME. 


117 


AURORE, accourant par le fond. 

Mon gendre! tout est prêt pour votre départ. 

marasquin, avec joie. 

Ah ! 

BOLÉRO. 

Et voici votre escorte qui vient vous chercher. (Musique.) 

mouhzouk, regardant Girofle. 

Oh! partir!.., 

aurore, avec un soupir de satisfaction. 

Ça y est!... 


SCÈNE V 

BOLÉRO, MARASQUIN, MOURZOÜK, AURORE, 
GIROFLÉ, PÉDRO, PAQUITA, Les Maures. 

(Pédro et Paquita portant les bagages de Mourzouk entrent par le fond 
avec les Maures.) 

MORCEAU D’ENSEMBLE. 


CHŒUR. 

Il est temps 

De nous mettre en voyage ; 
C’est dommage , 

Mais il est temps. 

Du courage ! 

Ce sont les defniors moments! 



118 


CIROFLÉ-GIROFLA. 


MOlIRZOllK. 

Mais avant de partir, il convient que j’adresse 
A ma douce moitié quelques mots de tendresse. 
Cher beau-père, vous permettez?... 

ROT.ÉItO. 

Allez, mon gendre, allez! 


COUPLETS, 


I 


MOURZOUK, a Giroflé. 

Certes, dans toute circonstance, 

C’est à regret que l’on s'en va, 

Mais il n’est rien d’égal, je pense, 

Au regret que j’éprouve là. 

Sans vous je dois me mettre en route, 
.Jugez combien cela me coûte,. 

Aussi gardez le souvenir 
Du voyageur qui va partir! 

Il 

GinOFLÉ. 

Autant que vous de votre absence 
Je souffrirai, mon cher époux ; 

Mais il faut prendre patience, 

Cela ne dépend pas de nous. 

Sans m’emmener, vous mettre en route : 
Je le comprends, cela vous coûte ; 

Mais bah ! s’il est dur de partir. 

C’est si gentil de revenir! 


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ACTE TROISIÈME. 


11 !) 


MOURZOUK, ti Giroflé. 

Les heures loin de vous vont me sembler bien lentes... 

BOLÉRO. 

.Mon gendre, promptement faites-nous vos adieux. 

• AURORE. 

Faites-nous vos adieux. 

MARASQUIN. 

Et surtout abrégeons ces scènes déchirantes, 

Le plus vite sera le mieux! 


TOUS. 

Le plus vite sera le mieux ! 


MOURZOUK, les regardant avec méfiance. Parlé. A part. 

Ah! mais! ah! mais!... (s’avançant sur le devant du 


théâtre.) 


Je flaire 

Quelque mystère... 

Tous ces gens-là sont trop pressés 
Et leurs adieux sont bien forcés !... 
Mais ne vous faites pas de bile, 

Je ne suis pas un imbécile! 

Pour mieux tirer la chose au clair, 
Dissimulons, n’ayons pas l’air ! 

(A Girofle, avec une émotion jouée.) 
Adieu, l’épouse qui m’est chère 


GIROFLÉ. 

Adieu, mon cher petit mari. 


MOURZOUK. 

Adieu, mon aimable beau-frère 



120 


GIROFLÉ-CIROFLÀ. 


MARASQUIN, essuyant une larme. 

C’est bète ! je suis attendri ! 

AURORE ET BOLÉRO. 

Adieu, mon gendre! 

MOURZOUK. 

Adieu, beau-père! 

Adieu, belle-maman; je m’en vais, c’est fini! 

TOUS. 

11 s’en va, c’est fini ! 


ENSEMBLE. 

MOURZOUK, il part. 

Je flaire, etc. 

AURORE, GIROFLE, MARASQUIN, BOLÉRO. 

Mystère ! 

Sachons nous taire, 

Nous en voilà débarrassés 
Et tous nos vœux sont exaucés. 

Il n’est vraiment pas difficile 
De tromper un tel imbécile ; 

Cet homme-là ne voit pas clair, 

Dissimulons, n’ayons pas l’air! 

(Mourzouk les regarde longuement, puis il donne du geste le signal du 
. ddpart, et suivi de ses Maures.) 


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ACTE TROISIÈME. 


121 


SCÈNE VI 

BOLÉRO, AURORE, GIROFLÉ, MARASQUIN. 

(ils le suivent de l’œil jusqu’il ce que les rideaux 
se soient bien refermés.) 

BOLÉRO . 

Enfin ! 

AURORE. 

Vive la joie 1... 

BOLÉRO. 

Enfoncé le Maure !... 

GIROFLÉ. 

Vrai ! Il n’est pas fort. 

MARASQUIN. 

Faut-il qu’il soit bètc!... 

MOURZOUK, reparaissant tout doucement. 

Eh bien! à la bonne heure!... Ils m’arrangent. 

AURORE. 

Enfin, mes enfants, n’en parlons plus, il est parti! 

TOUS. 

Il est parti! Il est parti!... 


SCÈNE VII 

Les Mêmes, MOURZOUK. 


mourzouk, descendant brusquement au milieu d’eux. 
Pas encore!... 


11 


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122 


G1R0FLÉ-GIR0PLA. 


TOUS. 

Ah!... Mourzoukl 

MOURZQUK. 

Oui, Alourzouk, dontvousvous croyiez débarrassés et 
qui n’a pas été dupe de toutes vos embrassades... 

BOLÉRO, a part. 

Ça va être chaud ! 

MOURZOL'K. 

Comment! vous me dites adieu avec des larmes dans 
la voix, je vous crois plongés dans, le plus profond dé- 
sespoir, et j’ai à peine le dos tourné que vous vous mettez 
à exécuter des cabrioles!... Vous comprenez que c’est 
•louche et que je veux en avoir le cœur net. 

AURORE ET BOLÉRO. 

Mon gendre... 

MQURZOUK. 

Taisez-vous... (Désignant Girofle.) C’est avec madame que 
je m’expliquerai. 

üiROFLÉ, inquiète. 

Avec moi ! 

MOURZOUtt. 

Laissez-nous. 

Tous, bondissaut. 

Hein ! 

MOURZOUK. 

Vous avez entendu ? 

MARASQUIN, éclatant* 

Comment ! Il veut rester seul avec ma... 

* 

boléro, vivement. 

Avec. sa femme !... C’est tout naturel... (a part*) Mon 
Dieu! mon Dieu!.*. 


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ACTE TROISIÈME. 123 

AURORE, de même. 

Nous voilà bien ! 

* 

MOURZOUK. 

Vous êtes encore là ! — 

f 

giroflé, prenant une résolution, U part. 

Eh bien! soit!... (Bas.) Allez-vous-en! 


MARASQUIN. 

Mais... 

GIROFLÉ. 

Ne crains rien ! Je réponds de tout. 


MOURZOUK. 

Eh bien ? 

BOLÉRO. 

Nous nous retirons, mon gendre... (ils lui font un profond 
salut.) 

MOURZOUK. 

- Ce n’est pas malheureux ! 

MARASQUIN, a Giroflé. 

Sois forte ! 

aurore, l’entraînant. 

Venez, Marasquin. 

marasquin. 

Belle-maman, vous savez que ça m’ennuie... (a part.) 
Mais j'aurai l’œil... (ils sortent par le fond.) 


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121 


GIROFLÉ-GIROFLA 


SCÈNE VIII 

MOÜRZOUK, GIROFLÉ, puis MARASQUIN, 
AURORE et BOLÉRO. 


GIRoflé, a pari. 

C’est égal, je sens quelque chose là... Allons! il s’agit 
d’avoir de la présence d’esprit. 

MOURZOUK, qui a fermé les rideaux du fond, a Girofle. 

Enfin ! nous voilà seuls !... 

MARASQUIN, passant sa tête a travers les rideaux du fond. 

Plus souvent que je vais m’en aller. 

auhorg, même jeu !i droite. 

Je tremble ! 

boléro, même jeu ii gauche. 

Je suis d’une inquiétude!... (Mourzouk croyant avoir en- 
tendu du hruit se retourne. Les trois têtes disparaissent.) 

mourzouk, qui a regardé Giroflé avec amour. 

Ma femme !... 

giroflé, d’une voix timide. 

Mon mari !... 

marasquin, boléro et aurore, repassant leurs têtes. 

Son mari!... oh!... (Même jeu que plus haut, les têtes dis- 
paraissent.) 

mourzouk. 

Approchez !... 


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ACTE TROISIÈME. 


125 


girofle, émue. 

Mon Dieu! (Elle fait quelques pas,) 

MOCRZOUK, 

Plus près ! (Giroflé s’approche.) Plus près encore... 


DUO et TRIO. 

MOURZOUK. 

Ma belle Girofla, 

Ma timide gazelle, 

Ma blanche tourterelle, 

Tout près de moi, viens là. 
Parlons de douces choses, 

De fleurs, d’amour, de roses ! 
Ma belle Girofla, 

Parlons de tout cela ! 


- GIROFLE, a part. 

Soyons sa Girofla, 

Sa timide gazelle, 

Sa blanche tourterelle^ 
Mais arrêtons-nous là. 


MOURZOUK. 

Qu’attendez-vous encore? 
11 me faut un baiser 1 


girofle, k part. 

Ce baiser qu’il implore, 
Je dois le refuser. 


MOURZOUK. 

Un baiser! 


H. 


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126 


P.IROFLÉ-GIROFLA. 


GIROFLÉ. 

Non ! non ! 

MOURZOUK. 

Un baiser ! 


MOURZOUK. 

Ma Italie Girofla, 

Ma timide gazelle, 

Ma blanche tourterelle, 

Tout près de moi, viens là. 
Parlons de douces choses, 
De fleurs, d’amour, de roses! 
Ma belle Girofla, 

Parlons de tout cela! 


ENSEMBLE. 

GIROFLÉ. 

Soyons sa Girofla, 

Sa timide gazelle, 

Sa blanche tourterelle, 

Près de lui me voilà. 
Parlons de. douces choses, 
De fleurs, d’amour, de roses! 
Parlons de tout cela, 

Mais, arrêtons-nous là! 


(Elle s’éloigne de lui. — Un temps.) 


MOURZOUK. 

Ma chère, à votre époux, vraiment 
Vous montrez peu d’empressement. 

GIROFLÉ. 

Attendez un moment, 

J’étais intimidée... 

MOURZOUK. 

Êtes-vous décidée? 

GIROFLÉ, a part. 

Après tout, un baiser 
Ça n’a pas d’importance, 

Il faut de la prudence 


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ACTE TROISIÈME. 


127 


Pour le mieux abuser. 

(llaut.) 

Sur mon front venez le poser. 

MOURZOUK, se préparant a l’embrasser. 

Douce espérance!... 

MARASQl'IN, qui guettait au fond (parlé). 
Beau-frère, vous avez appelé?... (il accourt vivement se 
placer entre eux, de sorte que c'est lui qui reçoit le baiser de Mourzouk. 
— Celui-ci pousse un cri.) 

ENSEMBLE. 

MOURZOUK. 

Au diable l’animal ! 

Peut-on tomber plus mal ! 

Vraiment c’est immoral 
Au moment capital ! 

marasquin, avec joie. 

Il rage, l’animal ! 

Mais ça m’est bien égal ! 

Ainsi c’est plus moral, 

Et c’est, le principal ! 

GIROFLÉ. 

Mon mari ! c’est égal, 

Son instinct conjugal 
Ne l’a pas guidé mal 
En cet instant fatal ! 

(Pendant cet ensemble, Aurore et Boléro au fond, rient aux éclats. 
Sur la fin, ils redescendent en scène.) 



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128 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


SCÈNE IX 

GIROFLÉ, MOURZOUK, MARASQUIN, AURORE, 
BOLÉRO. 


GIHOKLÊ, bas U Marasquin. 

Ah! il était temps!... ne me quittez plus!... A la 
longue, ça pourrait devenir dangereux. 

MOURZOUK, a Marasquin. 

Ali ! çà, à la fin des fins, qu’est-ce que vous venez faire 
ici ? Vous ne voyez pas que vous nous gênez? 

marasquin, entre ses dents. 

C’est justement pour ça que... 

mourzouk, en colère. 

Vous dites? 


marasquin, rentrant sous terre. 

Rien! rien!... 

mourzouk. 

J’ai à causer avec ma femme. Allez causer avec la 
vôtre. 


MARASQUIN. 

Mais... 

AURORK, vivement. 

Nous croyions que vous aviez appelé. 


boléro, de même. 
Oui, et nous nous empressions... 


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ACTE TROISIÈME. 


129 


MOURZOUK. 

Vous m’ennuyez !... Je n’ai pas appelé du tout... Ah ! 
mais !... Ah ! mais !... Allez-vous me faire le plaisir de 
me laisser tranquille... (il marche sur eux. Ils reculent avec 
effroi.) . , 

girofi.é, a part. 

Oh! non! non! Je ne veux plus!... Mais que faire?... 
(Frappée d’une idée.) Ah!... (Elle pousse un grand cri.) 

« 

tous. 

Hein? 

mourzouk, allant a elle. 

Qu’y a-t-il? 

f.tnoFi.É, chancelant. 

Je ne sais... Le cœur, la tète... Ah!... 

• / 

MARASQUIN. 

Elle se trouve mal !... 

aurore, qui l’a reçue dans ses hras. 

Notre fille évanouie!... Vite, Boléro! (Boléro apporte une 
chaise et la fait asseoir.) 

mourzouk, agenouillé devant elle et lui frappant dans los nmins. 

Voyons! Girofla, ma femme... 

MARASQUIN, écartant Mourzouk. 

Laissez-moi !... (il prend sa place.) 

mourzouk, voulant le tirer. 

■ Permettez ! 

marasquin, le repoussant avec violence. 

Non !... Pas un autre que moi !... 


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130 


GIROFLÉ-GIROFLA. 


mouhzouk, hors de lui. 

Oh! c’cst trop fort!... Vous me rendrez raison!... 
(il le saisit par le bras.) 

MARASQUIN, pâlissant. 

Raison! moi!... 

C.IROFLÉ, se redressant d’un bond. 

Ah!... 

MOURZOt'K. 

Sortons, monsieur!... 


MARASQUIN. 

Comment, sortons!... Mais je ne veux pas sortir! 

BOLÉRO, bas. 

Voyons,* Marasquin, sortez... Ça s’arrangera après !... 


MARASQUIN. 

Mais il va me tuer ! 

BOLÉRO. 

Qu’est-ce que ça fait! Ça gagnera toujours Mu temps ! 


MARASQUIN. 

Mais pas du tout!... Vous ôtes bon!... J’en ai assez à 
la fin!... Mourzouk, j’aime mieux tout vous dire... 


AURORE ET BOLÉRO, h part. 

Nous sommes perdus ! 

MARASQUIN. 

C’est ma femme ! 


Patatras !... 


boléro, h part. 


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« K TROISIÈME. 


131 


aurore, de même. 

Voilà ce que je craignais!... 

MOURZOUK. 

Votre femme!... Quelle est cette plaisanterie? 

MARASQUIN. 

Ce n’est pas une plaisanterie... C’est la vérité ! 


Mais oui! 


GIROFLE. 


MOURZOUK. 

Comment!... Qu’est-ce que ça signifie?... (a Aurore et 
a Boléro.) Voyons?. .. Est-ce sa femme, oui ou non?... 


boléro, d’une voix éteinte. 

Eli bien! oui... 

aurore, de même. 

Nous ne pouvons plus dire le contraire... 


MARASQUIN, à Mourzouk. 
Ah!... Vous entendez? 


MOURZOUK. 

Alors, ce n’est pas la mienne? 


Parbleu ! 


MARASQUIN. 


AURORE. 

SÜ... 


Hein? 


MARASQUIN. 


MOURZOUK. 

Comment si!... Ah! ça! Je n’y comprends plus rien !... 
Si c’est ma femme, ça ne peut être la sienne! 


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GIROFLÊ-GIROFLA. 


BOLÉRO. 


MARASQUIN. 

Qu’est-ce que vous dites? 

AURORE, brisée. 

C’est votre femme à tous les deux. 

MARASQUIN. 


MOURZOUK. 


C’est trop fort ! 


girofle, il ses parents. 

Je vous l’avais bien dit, que ça amènerait des compli- 
cations. 


MOURZOUK. 


Je demande à comprendre! 


Moi aussi 


MARASQUIN. 


Nous allons tout vous expliquer... Ce n’est pas notre 
faute. 

BOLÉRO. 

C’est la fatalité ! 

aurore. 

Hier, pendant que Marasquin épousait Giroflé... 


Qui ça, Giroflé? 


MOURZOUK. 


GIROFLÉ. 


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ACTE TROISIÈME. 


133 


MOURZOUK. 

C’est Giroflé!... Alors ce n’est pas ma femme ! 


Si! 


Si! 


Oh!... 


BOLÉRO. 

AURORE. 

MARASQUIN CT MOURZOUK. 


AURORE. 

Vous allez voir... Pendant qu’il épousait Giroflé, des 
pirates ont enlevé Girofla... 


MOURZOUK. 

Enlevé ma femme I 

BOLÉRO. 

Ce n’est pas votre femme (montrant Giroflé,) puisque 
c'est elle... 

MARASQUIN ET MOURZOUK. 

Elle! 

BOLÉRO. 

Jusqu’à présent, vous n’avez que celle-là. 

AURORE. 

Quand vous êtes arrivé, nous n’avions plus qu’elle 
sous la main, et... 

MOURZOUK. 

Vous me l’avez fait épouser! 


Oui... 


AURORE. 


MARASQUIN. 

Au moment où je venais de me marier avec elle!... 

12 


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134 


CIUOFLÉ-GIROFLA. 


AURORE. 

Celait en attendant! 


BOLÉRO. 

Nous pensions que ça ne tirerait pas à conséquence. 

MOURZOUK. 

l J as à conséquence !... mais alors elle a deux maris ! . . . 

MARASQUIN. 

Ma femme est bigame! 

GIROFLE. 

Ah! c’est affreux... 


MOURZOUK. 

Enlin, à présentée comprends... Ça été long, niais 
je comprends... De tout ça il résulte que c’est ma 
femme... Je la garde. 

girofle . 

Par exemple!... 

MARASQUIN. 

Permettez! j’ai le numéro un... je suis le premier en 
date. 

G1ROKLÉ. 

Certainement! 

MOURZOUK. 

Pas du tout! j’ai le numéro deux; il annule le nu* 
méro un... elle est à moi. 

GIROFLÉ. 

Mais, je ne veux pas! 

BOLÉRO 1 

Mon Dieu! 


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ACTE THOISIÉME. 


135 


MARASQUIN. 

Un instant!... il y a une règle de droit qui dit que 
possession vaut titre. 

MOURZOUK. 

Eh bien? 

MARASQUIN. 

Eh bien! j’ai titre, (a Giroflé.) N’est-cc pas? 

fijROFLÉ, avec amour. 

Mon ami! 

Fioi.i'no. 

Il a titre! 

AURORE. 

Il a titre! 

. mourzouk, rageant. 

Ah! il a titre!... eh bien! soit!... mais ça ne se pas- 
sera pas comme ça!... Puisque je ne puis pas l’avoir, 
nous ne l’aurons ni l’un ni l’autre, (a Aurore et ii Boléro.) 
Votre fille est bigame, je vais faire casser les mariages. 


Pas le mien! 


MARASQUIN. 


Le vôtre aussi ! 


MOI'RZOUK. 


MARASQUIN. 


Mais... 


MOURZOUK. 

Ne répliquons pas, ou sinon !... (il tire son cimeterre.) 


marasquin, avec lin cri. 

Ah!... (vivement.) Oui! oui! le mien aussi!... (a Boléro, 
avec force.) Vous entendez!... nous allons les faire an- 
nuler!... 


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GIAOFLÉ-GIROFLA. 


1SG 


GIROFLÉ. 

Oh! Marasquin!... , 

MARASQUIN. 

Dame! il est plus fort que moi... 

MOURZOUK. 

Et, maintenant, beau-frère, en route! 


tous, avec douleur. 

Ah!... 

MARASQUIN, très-ému. 

Ma pauvre Girofle. . . nous aurions été si heureux... 
Mais aussi, voilà ce que c’est que de se marier trop sou- 
vent dans la même journée. 

GIROFLÉ. 

Oh ! j’en mourrai! 

(Cris au dehors.) 

MOURZOUK. 

Qu’esl-cc que c’est que ça? 


SCÈNE IX 

Les Mêmes, PAQUITA, PÉDRO, puis GIROFLA, 
* MATAMOROS, tout i.e monde. 

PAQUITA, accourant avec Pt’dro. 

Oh ! mon parrain!... mon parrain!... 

aurore. 

Qu’y a-t-il? 


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ACTE TROISIÈME. 


*37 


PÉDRO, ÇSSOuffld. 

Si vous saviez!... Matamoros a livré une nouvelle 
bataille... 

PAQUITA. 

11 ramène votre fille! 


PÉDRO. 

Et tous les pirates sont prisonniers!... 

aurork et roléro, éperdus de joie. 
Notre fille!... Ah!... 


giroflé, qui a couru au fond. 

Mais, oui, c’est elle... je la vois! Revenant en se jetant au 
cou de Marasquin.) Mon petit Marasquin!... 


MARASQUIN. 

Ma petite Girofle!... 

(ils remontent au fond avec Pédro et Paquita, eu agitant des mouchoirs. 

Musique.) 

AURORE, h Mourzouk. 

Ah ! mon ami !.,. La voilà! 

boléro, k Mourzouk. 

Celte fois, vous allez avoir votre femme... 
mourzouk. 

Une fiancée relourdes corsaires, jamais!... 
boléro. 

Puisqu’ils l’avaient enlevée pour la vendre... 

aurore. ' 

Ils se seront bien gardés... 


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138 


GIROFLÊ-GIROFLA. 


MOURZOUK. 

C’est vrai, au fait, ce raisonnement me décide... 

CRIS. 

La voici! la voici!... Vive Matamoros!... 

(Entrée générale. L'amiral Matamoros, précédé de ses marins, entre 
tenant par la main Girofla, qui se jette au cou de son père et de 
sa mère. Marasquin et Giroflé sont toujours au fond agitant leurs 
mouchoirs,,) 

CHOEUR FINAL {Motif du quintette), 

Matamoros, grand capitaine, 

Enfin nous a tirés de peine ; 

Gloire à ce vaillant amiral 
Dont le renom est sans égal ! 


FIN PU TROISIÈME ET DERNIER ACTE. 


. Q '» enta 




PARIS. — IMPRIME H IR DK B. MARTINET, RUS MICRON. 2 


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